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Un prompt est-il protégeable ?

L’essor des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT, MidJourney et DALL-E, a profondément transformé les domaines de la créativité, du droit et de l’éthique.
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À la base de ces technologies se trouvent les prompts, qui sont des instructions fournies par les utilisateurs pour guider l’IA dans la création de contenus variés : textes, images, musiques, et plus encore. Ces prompts, à la croisée de l’art et de la technique, soulèvent une interrogation cruciale concernant leur protection au titre du droit d’auteur.

Traditionnellement, le droit d’auteur repose sur deux exigences principales : l’originalité, qui exige que l’œuvre reflète la personnalité de son créateur, et la matérialité, qui stipule que l’œuvre doit être fixée sur un support tangible. Toutefois, les prompts se situent entre deux extrêmes.

D’un côté, on trouve des requêtes très simples, comme « Rédige un poème sur l’hiver », et de l’autre, des formulations plus complexes et stylistiquement riches. Cette dualité engendre un débat : certains considèrent les prompts comme des directives trop sommaires pour bénéficier d’une protection légale, tandis que d’autres les apparentent à des scripts ou des plans qui manifestent une créativité réelle.

Ce questionnement s’inscrit dans un cadre juridique en évolution rapide, souvent en retard par rapport aux avancées technologiques. Par exemple, l’Office américain du droit d’auteur a récemment établi que les œuvres générées par une IA, en l’absence d’intervention humaine tangible, ne peuvent être protégées. Cependant, la question de la protection des prompts demeure floue.


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En Europe, le droit d’auteur dispose qu’il doit y avoir « création intellectuelle propre à l’auteur », ouvrant ainsi une porte à la protection potentielle de certains prompts plus élaborés. Néanmoins, à ce jour, il n’existe pas de jurisprudence claire sur ce sujet. Les implications sont vastes : si les prompts venaient à être protégés, les créateurs pourraient réguler leur utilisation et monétiser leur savoir-faire dans le domaine de la création de contenus.

En revanche, une protection excessive pourrait nuire à l’innovation en restreignant l’accès à des formulations de langage considérées comme publiques. Ce dilemme, entre protection de l’innovation et liberté d’accès à la créativité, illustre les défis que le droit d’auteur doit relever à l’ère du numérique.

I. Les obstacles juridiques à la protection des prompts par le droit d’auteur

A. L’exigence d’originalité : un seuil difficile à atteindre pour les prompts

Le droit d’auteur, qu’il soit continental (Europe) ou de common law (États-Unis), repose sur un critère central : l’originalité. Cette notion, souvent interprétée comme l’« empreinte de la personnalité de l’auteur » CJUE, Arrêt Infopaq, 2009) ), exige que l’œuvre reflète des choix créatifs libres et individualisés. Or, la majorité des prompts, par leur nature concise et fonctionnelle, peinent à satisfaire ce critère.

  1. La simplicité des prompts génériques : Un prompt comme « Peins un paysage montagneux au coucher du soleil » est une instruction basique, dépourvue de singularité.

Il relève davantage d’une idée ou d’un concept que d’une expression artistique structurée. En droit français, les idées sont explicitement exclues de la protection (Article L112-1 CPI), et la jurisprudence a confirmé que des phrases trop brèves ou génériques (ex. slogans publicitaires) ne sont pas protégeables (Cass. Civ. 1ère, 2005, Eva Promotion).

Aux États-Unis, le Copyright Act exige une « créativité minimale » (Feist Publications v. Rural Telephone Service, 1991), un seuil que les prompts courts ne franchissent souvent pas.

  1. La frontière entre idée et expression : Le droit d’auteur ne protège que l’expression concrète d’une idée, non l’idée elle-même (idée-expression dichotomy).

Un prompt comme « Écris une histoire d’amour tragique entre une astronaute et un robot » pourrait être considéré comme une idée narrative, surtout s’il est formulé de manière générique. En revanche, un prompt détaillant des dialogues, des descriptions de personnages et des rebondissements pourrait franchir la barrière de l’expression. Cette distinction est cruciale : si un tribunal juge qu’un prompt ne fait que décrire un concept, il sera irrecevable à la protection.

  1. Comparaison avec les œuvres minimalistes :

Les titres d’œuvres (« Les Misérables »), les noms de produits (« iPhone ») ou les slogans (« Just do it ») sont rarement protégés, sauf s’ils démontrent une originalité exceptionnelle (ex. « Le Silence des Agneaux », protégé en France pour son caractère poétique). Les prompts courts s’apparentent à ces catégories : leur brièveté limite leur capacité à incarner une « création intellectuelle propre » (Directive UE 2019/790).

B. L’absence de fixation claire et la nature éphémère de certains prompts

Le droit d’auteur exige généralement que l’œuvre soit fixée sur un support tangible. Cette exigence varie selon les systèmes juridiques : stricte aux États-Unis (17 U.S.C. § 102), plus flexible en Europe (où les œuvres orales ou improvisées peuvent être protégées si elles sont ultérieurement fixées).

  1. Les prompts non enregistrés ou oraux :

Un prompt donné oralement à une IA (ex. commande vocale à Siri ou Alexa) et non sauvegardé échappe à la protection, car il n’est pas fixé. Même dans les pays où la fixation n’est pas obligatoire (ex. France), l’absence de preuve matérielle rend la revendication de droits quasi impossible. En pratique, cela exclut une grande partie des interactions quotidiennes avec les IA.

  1. Les défis de la preuve d’antériorité :

Même lorsqu’un prompt est écrit, prouver sa paternité et sa date de création est complexe. Contrairement aux œuvres traditionnelles (dépôt chez un notaire, enveloppe Soleau), les prompts circulent souvent dans des espaces numériques non sécurisés.

Des outils comme la blockchain émergent pour timbrer des créations, mais leur usage reste marginal. Sans preuve solide, un créateur ne peut invoquer ses droits face à une copie ou une réutilisation frauduleuse.

  1. Le cas des œuvres éphémères :

La jurisprudence offre quelques parallèles. Par exemple, un discours improvisé est protégé dès lors qu’il est enregistré. De même, une chorégraphie non notée mais filmée peut être couverte par le droit d’auteur. Toutefois, ces exceptions concernent des œuvres a posteriori fixées, alors que de nombreux prompts disparaissent après leur exécution par l’IA, sans trace intentionnelle.

II. Les possibilités de protection : quand le prompt devient une œuvre de l’esprit

A. La qualification des prompts complexes comme œuvres littéraires ou techniques

Certains prompts atteignent un niveau de sophistication tel qu’ils pourraient être requalifiés en œuvres protégeables, sous deux angles principaux : littéraire ou technique.

  1. Les prompts littéraires élaborés :

Un prompt structuré comme un scénario, avec des personnages, des dialogues et des arcs narratifs détaillés, peut être assimilé à une œuvre littéraire. Par exemple : « Rédige un chapitre de roman dans le style de Victor Hugo, décrivant un orage sur Paris en 1830, où un jeune révolutionnaire, blessé, se réfugie dans une église et y rencontre une religieuse aux secrets troublants. Inclure des métaphores liées à la lumière et à l’eau, et un monologue intérieur sur la rédemption. » Ce prompt dépasse l’instruction basique : il inclut des choix stylistiques, des éléments narratifs complexes et une intention artistique.

En droit européen, une telle création pourrait satisfaire l’exigence d’« œuvre de l’esprit » (CJUE, Painer, 2011), car il reflète une individualisation manifeste.

  1. Les prompts techniques comme logiciels ou bases de données :

Certains prompts s’apparentent à des algorithmes ou des scripts, notamment lorsqu’ils utilisent des structures conditionnelles (« Si l’utilisateur mentionne X, alors génère Y ; sinon, utilise Z »). Aux États-Unis, les codes informatiques sont protégés par le droit d’auteur (17 U.S.C. § 101), et un prompt complexe pourrait être vu comme un « code naturel » (instructions en langage courant mais structurées logiquement).

De même, en Europe, une suite organisée de prompts guidant une IA pas à pas pourrait être qualifiée de base de données protégeable (Directive 96/9/CE), si elle reflète un investissement substantiel.

B. L’interprétation variable selon les juridictions et les cas d’usage

La protection des prompts dépend largement du cadre juridique et de l’intention derrière leur création.

  1. États-Unis vs. Europe : deux approches contrastées :

– Aux États-Unis, le fair use (usage équitable) et la doctrine des scènes à faire (éléments indispensables à un genre) limitent la protection des œuvres minimalistes. Un prompt comme « Décris une bataille spatiale entre vaisseaux aliens » pourrait être considéré comme trop générique pour être protégé, car relevant d’idées communes.

En Europe, la protection est plus large : tout élément reflétant une « création intellectuelle propre » est éligible (CJUE, Football Dataco, 2012).

Un prompt détaillé intégrant des références culturelles précises (ex. « Peins une scène inspirée de la mythologie grecque, où Athéna discute avec un robot, dans un style cubiste ») pourrait être protégé, car il combine originalité et fixation.

  1. L’intention créative comme critère clé :

Les tribunaux pourraient distinguer les prompts utilitaires (ex. « Génère un résumé de cet article ») des prompts artistiques (ex. « Écris un poème en alexandrins sur la mélancolie des robots amoureux »). Dans le second cas, l’intention de créer une œuvre expressive est évidente, renforçant la revendication de droits. Cette distinction existe déjà en droit français, où les œuvres « utilitaires » (ex. manuels techniques) sont protégées, mais sous un régime parfois différent des œuvres artistiques.

  1. Jurisprudences pionnières et dépôts de copyright :

Bien qu’encore rares, des cas émergent. En 2023, l’Office américain du droit d’auteur (USCO) a refusé la protection d’une image générée par MidJourney, mais a laissé ouverte la possibilité de protéger le prompt si celui-ci est suffisamment créatif.

Parallèlement, des plateformes comme PromptBase commercialisent des prompts élaborés, invitant à une reconnaissance implicite de leur valeur juridique. À terme, un litige opposant un créateur de prompts à un utilisateur les copiant massivement pourrait clarifier le paysage.

La protection des prompts sous le droit d’auteur repose sur un équilibre délicat :

– Pour les obstacles : La nature fonctionnelle, la brièveté et les défis de fixation rendent la protection difficile pour la majorité des prompts.

– Pour les possibilités : Les prompts complexes, combinant créativité littéraire ou technique, pourraient franchir les seuils juridiques, surtout dans des systèmes ouverts comme l’Europe.

Cette dualité reflète un débat plus large sur la place de l’humain dans la création assistée par IA. Si le droit évolue vers une reconnaissance accrue des prompts créatifs, cela pourrait redéfinir les notions d’auteur, d’originalité et de collaboration homme-machine.

À l’inverse, un refus catégorique de protection risquerait de décourager l’innovation, en privant les créateurs de moyens de contrôler leurs contributions immatérielles mais essentielles.

Pour lire une version plus complète de cet article sur la protection des prompts par le droit d’auteur, cliquez

Sources :

  1. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=118441&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2103769
  2. Directive – 2019/790 – EN – directive droit d’auteur – EUR-Lex
  3. Droit d’auteur et oeuvres orales – Frédéric Lejeune
  4. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=82078&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2122067
  5. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=124197&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2130197

Les risques liés à une non-signature d’un contrat informatique en cas de prestations effectuées

Dans un monde de plus en plus numérique et connecté, les contrats informatiques jouent un rôle essentiel dans la réalisation de prestations et services liés aux technologies de l’information. Lorsque des prestations sont effectuées sans qu’un contrat informatique ne soit signé, cela expose les parties impliquées à de nombreux risques et conséquences potentielles.

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La jurisprudence, notamment celle de la cour d’appel de Paris dans son arrêt du 30 septembre 2022, a apporté des éclaircissements importants en soulignant que, en droit français, les relations contractuelles sont principalement régies par le principe du consensualisme. Ce principe fondamental stipule que la simple manifestation de volonté des parties suffit à la formation d’un contrat, et que la forme écrite n’est pas une condition nécessaire à la validité des accords intervenus.

Cette position de la cour d’appel de Paris vient bousculer les idées reçues sur l’importance de la signature formelle dans le processus contractuel, et soulève ainsi des enjeux majeurs en termes de preuve, de sécurité juridique et de gestion des risques.


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Tout d’abord, l’absence de contrat informatique clairement défini peut entraîner des malentendus et des divergences d’interprétation entre les parties concernées. Sans un document officiel qui établit les termes et conditions de la prestation, il devient difficile de déterminer les responsabilités de chacun, les livrables attendus, les délais de réalisation, et les modalités de paiement. Cela peut conduire à des litiges coûteux et prolongés, où les parties sont laissées sans recours clair en cas de désaccord. En outre, l’absence de contrat informatique peut également entraîner des problèmes de propriété intellectuelle et de confidentialité des données.

Dans le domaine informatique, de nombreux actifs immatériels tels que les logiciels, les codes sources, les bases de données et les connaissances techniques sont impliqués. Sans un accord formel qui établit les droits de propriété et les clauses de confidentialité, les prestataires de services peuvent se retrouver en position de vulnérabilité, où leurs créations intellectuelles peuvent être utilisées ou divulguées sans leur consentement.

Un autre risque majeur lié à l’absence de contrat informatique est l’absence de garantie et de support technique. Lorsqu’une prestation est réalisée sans contrat, il devient difficile pour les clients d’exiger des garanties de qualité et des corrections en cas de dysfonctionnements ou de bugs dans les livrables. Les prestataires, de leur côté, peuvent se retrouver sans moyen de défense face aux demandes incessantes de support technique, sans qu’une rémunération claire n’ait été établie.

Enfin, l’absence de contrat informatique peut également avoir des conséquences financières importantes. Sans un document contractuel qui fixe les tarifs, les modalités de paiement et les pénalités en cas de retard ou de non-respect des engagements, les parties peuvent être exposées à des litiges sur les aspects financiers de la prestation. Cela peut entraîner des pertes financières considérables pour les deux parties, ainsi qu’une détérioration des relations professionnelles. En conclusion, la non signature d’un contrat informatique en cas de prestations effectuées expose les parties impliquées à de nombreux risques et conséquences néfastes. Pour éviter ces problèmes, il est essentiel de mettre en place des contrats informatiques clairs et détaillés, qui définissent les droits, les responsabilités, les délais, les paiements et les garanties nécessaires. En agissant de la sorte, les parties peuvent sécuriser leurs transactions et prévenir les litiges coûteux et les pertes financières.

 

I. Risques encourus en l’absence de contrat signé

A. Absence de preuve formelle des termes convenus

  1. Difficulté à prouver les engagements des parties

Dans le cadre d’une prestation informatique sans contrat signé, l’une des conséquences majeures est la difficulté à prouver les engagements des parties. En effet, en l’absence de document écrit, il devient compliqué d’établir les termes et conditions convenus entre le prestataire et le client.

Cette absence de preuve formelle peut poser de nombreux problèmes, notamment en cas de litige. Les parties pourraient avoir des interprétations différentes des engagements pris, ce qui peut entraîner des désaccords et des conflits.

Sans contrat signé, il devient ardu de déterminer les obligations de chaque partie, les délais de livraison, les responsabilités en cas de défaillance, etc. De plus, en l’absence de contrat écrit, il devient difficile de prouver l’existence même d’un accord entre les parties. En cas de contestation, il revient à celui qui réclame l’exécution de prouver l’existence d’un contrat et les termes convenus. Sans document écrit, cette tâche devient complexe, voire impossible dans certains cas. L’absence de contrat signé dans le cadre d’une prestation informatique engendre une difficulté à prouver les engagements des parties, ce qui peut conduire à des désaccords et des litiges. Il est donc fortement recommandé de formaliser les accords par écrit afin de disposer d’une preuve formelle des termes convenus.

L’absence d’un contrat signé dans une prestation informatique peut entraîner plusieurs problèmes potentiels. Voici quelques-uns des principaux :

  1. Incertitude des termes et conditions : Sans un contrat signé, il peut y avoir une incertitude quant aux termes et conditions de la prestation informatique. Cela peut conduire à des malentendus et des désaccords sur des aspects tels que les délais de livraison, les obligations des parties, les responsabilités en cas de défaillance, les modalités de paiement, etc.
  2. Difficulté à prouver les engagements : L’absence d’un contrat signé rend difficile la preuve des engagements pris par les parties. En cas de litige, il peut être difficile de démontrer les accords verbaux ou les arrangements informels qui ont été convenus. Cela peut rendre le règlement des différends plus complexe et prolonger la résolution du problème.
  3. Risque de changements non autorisés : En l’absence d’un contrat signé, il existe un risque que des changements non autorisés soient apportés à la prestation informatique. Les parties peuvent avoir des attentes différentes ou des interprétations divergentes, ce qui peut entraîner des modifications unilatérales sans consentement mutuel. Cela peut causer des déséquilibres dans la relation contractuelle et compromettre la satisfaction des parties.
  4. Absence de recours clairs en cas de non-respect : Sans un contrat signé, il peut être difficile pour une partie de faire valoir ses droits en cas de non-respect des engagements. En l’absence de clauses contractuelles spécifiques régissant les conséquences du non-respect, il peut être compliqué d’obtenir des réparations adéquates ou des compensations en cas de préjudice subi.
  5. Manque de protection légale :

Un contrat signé offre une protection légale aux parties en cas de litige. En l’absence d’un tel contrat, les parties peuvent se retrouver dans une position juridiquement vulnérable, avec moins de recours et de droits reconnus par la loi. Il est donc essentiel de mettre en place un contrat formel et signé dans le cadre d’une prestation informatique afin de prévenir ces problèmes potentiels et de garantir une relation contractuelle claire et protégée.

  1. Risque de litige en cas de désaccord sur les modalités de la prestation.

Lorsqu’il n’y a pas de contrat signé, il y a un risque élevé de litige en cas de désaccord sur les modalités de la prestation. Un contrat est un document juridique qui établit les droits et les responsabilités des parties impliquées dans une transaction ou un accord. Il sert de preuve formelle des termes convenus et offre une protection juridique en cas de différends. Sans contrat, il peut être difficile de prouver ce qui a été convenu entre les parties.

Les discussions verbales ou les échanges informels peuvent être sujets à interprétation et les souvenirs peuvent diverger. Cela peut entraîner des désaccords sur des aspects essentiels tels que les délais de livraison, les livrables attendus, les responsabilités des parties, les coûts, les conditions de paiement, etc.

En cas de litige, les parties peuvent avoir des opinions différentes sur ce qui a été convenu. Sans un contrat signé, il peut être difficile de déterminer les droits et les obligations de chaque partie et de trouver une résolution équitable. Cela peut entraîner des retards dans l’exécution du projet, des perturbations dans les activités, des coûts supplémentaires et une détérioration des relations entre les parties.

De plus, sans un contrat formel, il peut être difficile de faire respecter ses droits légaux en cas de non-respect des engagements par l’une des parties. Un contrat signé fournit une base juridique solide pour prendre des mesures légales en cas de non-respect des termes convenus.

En conclusion, l’absence d’un contrat signé expose les parties à un risque élevé de litige en cas de désaccord sur les modalités de la prestation. Il est donc fortement recommandé de toujours avoir un contrat écrit et signé qui spécifie clairement les termes convenus afin de prévenir les litiges et de protéger les intérêts de toutes les parties impliquées.

Il est recommandé d’avoir un contrat écrit et signé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, un contrat écrit permet de clarifier les termes et conditions de l’accord entre les parties. Cela évite les malentendus et les interprétations divergentes, ce qui peut conduire à des litiges.

Ensuite, un contrat écrit offre une preuve tangible des engagements pris par chaque partie. En cas de litige ultérieur, il est plus facile de prouver ce qui a été convenu et de résoudre le différend de manière équitable.

De plus, un contrat écrit permet de protéger les intérêts de toutes les parties impliquées. Il peut inclure des clauses de confidentialité, des clauses de non-concurrence, des dispositions sur la propriété intellectuelle, etc. Ces clauses garantissent que les informations sensibles ne seront pas divulguées et que les droits de propriété seront respectés.

Enfin, un contrat écrit facilite la gestion et l’exécution de l’accord. Il fournit un cadre clair pour les obligations et les responsabilités de chaque partie, ce qui facilite la coordination et la réalisation des objectifs convenus. En résumé, un contrat écrit et signé est recommandé pour prévenir les litiges, clarifier les engagements, protéger les intérêts et faciliter la gestion des accords entre les parties impliquées.

B. Incertitude quant aux recours en cas de non-respect des engagements

1. Difficulté à faire valoir ses droits en l’absence de contrat formel

En l’absence d’un contrat signé lors de prestations informatiques, plusieurs risques peuvent être encourus.

Voici les principaux risques :

  1. Incertitude quant aux termes de l’accord : Sans un contrat formel, il peut y avoir une incertitude quant aux termes et conditions de l’accord entre les parties. Cela peut entraîner des malentendus et des divergences d’interprétation, ce qui peut conduire à des litiges.
  2. Difficulté à prouver les obligations et les responsabilités : Sans un contrat écrit, il peut être difficile de prouver les obligations et les responsabilités de chaque partie. En cas de différends ou de non-respect des engagements, il peut être complexe de déterminer qui est responsable de quoi.
  3. Absence de recours en cas de non-respect des engagements : En l’absence d’un contrat, il peut être difficile de faire valoir ses droits en cas de non-respect des engagements. Les parties impliquées peuvent se retrouver sans moyen formel de recours pour obtenir une réparation ou une indemnisation en cas de préjudice subi.
  4. Risque de litiges prolongés et coûteux : Sans un contrat signé, les parties peuvent se retrouver dans des litiges prolongés et coûteux. Les différends peuvent être difficiles à résoudre sans un document écrit qui spécifie clairement les termes de l’accord.
  5. Perte de protection des droits de propriété intellectuelle : Dans le domaine informatique, la protection des droits de propriété intellectuelle est essentielle. En l’absence d’un contrat formel, il existe un risque de perte de ces droits, ce qui peut avoir des conséquences financières importantes pour l’entreprise concernée.

En résumé, les risques encourus en l’absence d’un contrat signé lors de prestations informatiques incluent l’incertitude quant aux termes de l’accord, la difficulté à prouver les obligations et les responsabilités, l’absence de recours en cas de non-respect des engagements, le risque de litiges prolongés et coûteux, ainsi que la perte de protection des droits de propriété intellectuelle.  Il est donc vivement recommandé d’avoir un contrat écrit et signé afin de prévenir ces risques et de protéger les intérêts de toutes les parties impliquées.

  1. Risque de ne pas pouvoir réclamer des dommages et intérêts en cas de litige

Lorsqu’une prestation informatique est effectuée sans qu’un contrat formel ne soit signé, l’une des conséquences les plus préoccupantes est le risque de ne pas pouvoir réclamer des dommages et intérêts en cas de litige.

En l’absence d’un contrat écrit, il devient difficile de prouver les engagements contractuels et les obligations de chaque partie. En cas de différends ou de non-respect des termes convenus, il est essentiel de pouvoir démontrer les droits et les préjudices subis pour pouvoir réclamer des compensations appropriées. Sans un document contractuel formel, il devient compliqué de prouver la responsabilité de l’autre partie et d’évaluer les dommages réels subis.

De plus, un contrat écrit établit les conditions et les modalités de résolution des litiges. Il peut inclure des clauses spécifiques sur la manière de régler les différends, telles que la médiation ou l’arbitrage. En l’absence d’un tel contrat, il devient difficile de déterminer les procédures à suivre pour résoudre les litiges de manière efficace et équitable. Un autre aspect à considérer est la possibilité de recouvrer les dommages et intérêts en cas de jugement favorable.

Lorsqu’un litige est porté devant les tribunaux, la décision du tribunal peut être en faveur de la partie lésée, ordonnant ainsi le paiement de dommages et intérêts. Cependant, sans un contrat écrit, il peut être difficile d’exécuter cette décision et de récupérer les sommes qui vous sont dues. Un contrat signé facilite la procédure de recouvrement en fournissant une base solide pour l’exécution de la décision judiciaire.

Enfin, il est important de noter que la non-signature d’un contrat peut également affaiblir votre position lors de négociations ultérieures. Si vous avez des litiges récurrents avec un prestataire de services informatiques, le fait de ne pas avoir de contrat écrit peut donner l’impression que vous êtes moins sérieux dans vos exigences et vos attentes.  Cela peut affecter votre crédibilité et votre capacité à obtenir des réparations équitables.

En conclusion, le risque de ne pas pouvoir réclamer des dommages et intérêts en cas de litige est un aspect important à prendre en compte lorsqu’un contrat informatique n’est pas signé. Sans un document contractuel formel, il devient difficile de prouver les engagements, d’établir la responsabilité et d’évaluer les dommages réels subis. Il est donc fortement recommandé de toujours établir un contrat écrit et signé pour protéger vos intérêts et garantir une relation commerciale claire et équitable.

II. Solutions et bonnes pratiques pour limiter les risques

A. Formalisation des accords par écrit même sans signature

  1. Utilisation d’échanges d’emails, de devis ou de propositions commerciales comme preuves

Les échanges d’e-mails, les devis ou les propositions commerciales peuvent être utilisés comme preuves en cas de litige de différentes manières :

  1. Preuve de l’existence d’un accord : Les échanges de courriels, les devis ou les propositions commerciales peuvent être utilisés pour démontrer qu’un accord a été conclu entre les parties. Ces documents peuvent montrer les discussions, les négociations et les offres faites par les parties, ce qui prouve leur intention de contracter. Ils peuvent également montrer une acceptation claire des termes et conditions proposés. Ces éléments peuvent être utilisés pour établir l’existence d’un accord et les obligations des parties.
  2. Preuve des termes et conditions convenus : Les échanges d’e-mails, les devis ou les propositions commerciales peuvent également être utilisés pour prouver les termes et conditions convenus entre les parties. Ces documents peuvent contenir des détails sur les livrables, les délais, les prix, les modalités de paiement, les droits de propriété intellectuelle, etc. Ils peuvent servir de référence pour clarifier les engagements pris par les parties et pour résoudre les différends potentiels.
  3. Preuve de la communication et de la compréhension : Les échanges d’e-mails, les devis ou les propositions commerciales peuvent être utilisés pour démontrer la communication et la compréhension entre les parties. Ils peuvent montrer les discussions, les demandes de clarification, les réponses, les accords sur des points spécifiques, etc. Ces documents peuvent aider à prouver que les parties étaient en contact et qu’elles avaient une compréhension mutuelle des termes et conditions convenus.
  4. Preuve des modifications apportées : Les échanges d’e-mails peuvent également être utilisés pour prouver les modifications apportées aux termes et conditions initialement convenus. Si des changements ont été discutés et acceptés par les parties lors des échanges, ces documents peuvent être utilisés pour établir les modifications apportées à l’accord initial.

Il est important de noter que pour utiliser ces documents comme preuves, il est généralement nécessaire de démontrer leur authenticité et leur intégrité. Cela peut être fait en fournissant des en-têtes d’e-mails complets, en montrant que les documents ont été conservés dans leur forme originale, en vérifiant les adresses e-mail et les identités des parties impliquées, etc.

Il est toujours recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit informatique pour obtenir des conseils juridiques spécifiques à votre situation et pour s’assurer que les documents sont utilisés efficacement comme preuves en cas de litige.

  1. Conservation de toute correspondance relative aux termes convenus

La conservation de la correspondance relative aux termes convenus peut être une solution efficace pour limiter les risques liés à la non-signature d’un contrat informatique.

Voici quelques bonnes pratiques sur la manière dont cela peut être réalisé :

  1. Utilisez des moyens de communication traçables : Il est important d’utiliser des moyens de communication qui laissent une trace claire et vérifiable, tels que les e-mails, les messageries instantanées avec fonction d’enregistrement des conversations, ou les lettres recommandées avec accusé de réception. Ces moyens permettent de conserver une preuve documentée des échanges et des accords entre les parties.
  2. Archivez tous les échanges pertinents : Il est essentiel de conserver tous les échanges de correspondance pertinents, y compris les discussions sur les termes et conditions, les négociations, les modifications apportées aux accords, etc. Ces documents peuvent servir de preuve en cas de litige ou de différend ultérieur. Il est recommandé de créer un système d’archivage organisé et sécurisé pour stocker ces documents de manière accessible et durable.
  3. Datez et gérez les versions des documents : Lorsque vous échangez des documents ou des propositions, assurez-vous de les dater et de les conserver dans leur version originale ainsi que dans toutes les versions modifiées ultérieurement. Cela permet de suivre l’évolution des discussions et des accords, et de disposer d’une documentation complète en cas de besoin.
  4. Soyez clair et précis dans vos communications : Lorsque vous échangez de la correspondance concernant les termes convenus, veillez à être clair et précis dans vos communications. Évitez les ambiguïtés et les interprétations différentes en spécifiant clairement les points importants, les délais, les obligations, etc. Cela permet de réduire les risques de malentendus et de désaccords ultérieurs.
  5. Impliquez les parties prenantes concernées : Assurez-vous que toutes les parties prenantes concernées sont impliquées dans les échanges de correspondance relatifs aux termes convenus. Cela inclut les représentants des deux parties, ainsi que tout autre expert ou conseiller juridique nécessaire. De cette manière, toutes les parties sont informées et peuvent contribuer aux discussions, ce qui renforce la validité et la légitimité des accords conclus.

B. Recours à des outils de gestion de contrats et de suivi des prestations

  1. Utilisation de logiciels de gestion de contrats pour formaliser les accords

L’utilisation de logiciels de gestion de contrat pour formaliser les accords peut jouer un rôle clé dans la réduction des risques liés à une non-signature d’un contrat informatique en cas de prestations effectuées. Voici un développement plus approfondi sur ce sujet :

  1. Clarification des termes et conditions : L’un des principaux risques d’une non-signature de contrat informatique est l’ambiguïté ou les malentendus concernant les termes et conditions de la prestation. L’utilisation d’un logiciel de gestion de contrat permet de formaliser ces termes de manière claire et précise. Les parties peuvent définir les obligations, les délais, les conditions de paiement, les responsabilités, etc. Cela réduit les risques de malentendus et facilite une compréhension mutuelle des engagements.
  2. Preuve des accords conclus : En cas de litige ou de différend ultérieur, il est crucial de disposer d’une preuve claire des accords conclus entre les parties. Les logiciels de gestion de contrat permettent de stocker et de conserver tous les documents pertinents, y compris les versions modifiées du contrat, les échanges de correspondance et les preuves de livraison des prestations. Ces documents peuvent servir de preuve objective et vérifiable en cas de besoin.
  3. Suivi des obligations contractuelles : Une fois que le contrat est formalisé, il est important de s’assurer que toutes les parties respectent leurs obligations contractuelles. Les logiciels de gestion de contrat offrent des fonctionnalités de suivi et de rappel des échéances, ce qui permet de s’assurer que les prestations sont livrées en temps voulu et que les paiements sont effectués selon les termes convenus. Cela réduit les risques de retards ou de non-respect des engagements.
  4. Gestion des modifications contractuelles : Dans certains cas, il peut être nécessaire de modifier les termes du contrat en cours de prestation. Les logiciels de gestion de contrat facilitent la gestion de ces modifications en enregistrant toutes les versions modifiées du contrat et en conservant une trace de l’historique des modifications. Cela permet de garantir que toutes les parties sont informées et d’éviter les litiges potentiels liés aux modifications contractuelles.
  5. Sécurité et confidentialité des données : Lorsqu’il s’agit de prestations informatiques, la sécurité des données et la confidentialité des informations sont des aspects essentiels. Les logiciels de gestion de contrat offrent des fonctionnalités de sécurité avancées pour protéger les données sensibles et garantir leur confidentialité. Cela réduit les risques de violation de données et de fuites d’informations confidentielles.

En utilisant un logiciel de gestion de contrat, les parties peuvent formaliser les accords de manière claire, conserver une preuve documentée des engagements, suivre les obligations contractuelles, gérer les modifications et garantir la sécurité des données. Cela contribue à réduire les risques liés à une non-signature d’un contrat informatique en cas de prestations effectuées. Il est important de choisir un logiciel adapté à vos besoins spécifiques et de s’assurer que toutes les parties impliquées sont familiarisées avec son utilisation.

  1. Mise en place de processus de suivi des prestations pour garantir le respect des engagements

La mise en place de processus de suivi des prestations est essentielle pour garantir le respect des engagements contractuels et assurer la réussite d’un projet. Voici un développement détaillé sur l’importance de ces processus :

  1. Suivi de l’avancement : En suivant régulièrement l’avancement des prestations, les parties impliquées peuvent s’assurer que les délais sont respectés et que les objectifs sont atteints en temps voulu. Cela permet d’identifier rapidement tout écart par rapport au planning initial et de prendre des mesures correctives si nécessaire.
  2. Contrôle de la qualité : Le suivi des prestations permet également de contrôler la qualité du travail réalisé. En évaluant régulièrement les livrables par rapport aux critères de qualité définis dans le contrat, il est possible de détecter les problèmes de conformité ou de performance et d’y remédier avant qu’ils n’impactent le projet dans son ensemble.
  3. Gestion des risques : En identifiant et en évaluant les risques tout au long du projet, le processus de suivi des prestations permet de mettre en place des mesures préventives pour atténuer ces risques. Cela contribue à minimiser les impacts négatifs sur le projet et à assurer sa bonne exécution.
  4. Communication et transparence : Le suivi des prestations favorise une communication claire et transparente entre les parties. En partageant régulièrement des rapports d’avancement et des informations sur les performances, les parties peuvent collaborer de manière efficace et prendre des décisions éclairées tout au long du projet.
  5. Optimisation des ressources : En surveillant attentivement l’utilisation des ressources (humaines, financières, matérielles) allouées au projet, le suivi des prestations permet d’optimiser l’efficacité et l’efficience des opérations. Cela peut conduire à une meilleure gestion des coûts et des délais, ainsi qu’à une utilisation plus judicieuse des ressources disponibles. En conclusion, la mise en place de processus de suivi des prestations est un élément clé pour assurer le succès d’un projet informatique.

En surveillant de près l’avancement, la qualité, les risques, la communication et les ressources, les parties peuvent garantir le respect des engagements contractuels et maximiser les chances d’atteindre les objectifs fixés.

pour lire une version plus courte de cet article sur la rupture d’un contrat informatique, cliquez

Sources :

  1. Démarrage d’un projet IT sans signature de contrat : je fais comment en cas de dérapage du projet ? – LE MONDE DU DROIT : le magazine des professions juridiques
  2. Les contentieux liés aux contrats informatiques – Droit & Technologies (droit-technologie.org)
  3. Les risques contractuels : ce qu’il faut savoir – MyLegiTech
  4. Contrat de prestation de services informatiques : tout savoir (beaubourg-avocats.fr)
  5. Démarrage d’un projet IT sans signature de contrat : je fais comment en cas de dérapage du projet ? • ITLAW Avocats
  6. Comment consolider vos contrats informatiques au regard du risque cyber? (haas-avocats.com)

La blockchain comme preuve : une révolution pour le droit d’auteur

L’intégration de la blockchain dans les mécanismes de protection du droit d’auteur redéfinit les paradigmes traditionnels de la preuve et de la titularité des créations. Alors que les systèmes classiques – dépôts auprès de l’INPI, actes notariés ou enveloppes Soleau – garantissent depuis des décennies la sécurisation des droits, leurs limites pratiques (coûts, lenteur, complexité) deviennent criantes face à l’accélération des échanges numériques.
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La blockchain émerge comme une réponse technologique à ces défis, en proposant un enregistrement décentralisé, inviolable et vérifiable en temps réel. Son potentiel a été consacré par des décisions pionnières, à l’image du Tribunal judiciaire de Marseille (mars 2025), qui a attribué valeur probante à un horodatage blockchain pour établir à la fois la date de création et la qualité d’auteur d’une œuvre musicale. Cette reconnaissance s’inscrit dans une tendance internationale : validation de preuves blockchain par le *U.S. Copyright Office*, utilisation de traces blockchain comme élément de preuve dans des litiges chinois (Cour populaire de Hangzhou), ou encore expérimentations législatives dans l’Union européenne. Néanmoins, cette innovation ne s’impose pas sans heurts juridiques.


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Trois tensions émergent :

  1. **Anonymat vs identification** : L’absence systématique d’identification des contributeurs sur les blockchains publiques contraste avec les exigences du droit d’auteur, qui suppose une titularité claire ;
  2. **Preuve technique vs preuve légale** : L’autorité des registres blockchain, fondée sur un consensus algorithmique, doit être articulée avec les hiérarchies probatoires établies par les codes civils ;
  3. **Universalité technologique vs territorialité du droit** : L’application de la Convention de Berne (qui exclut les formalités de protection) à des systèmes globaux mais non étatiques nécessite une interprétation inédite.

Ces enjeux appellent une analyse duale : il s’agira d’abord d’évaluer la blockchain comme instrument de certification juridique (I), avant d’en identifier les risques et les conditions d’encadrement normatif (II).

I. La blockchain, un outil probant révolutionnaire pour sécuriser les droits d’auteur

A. L’horodatage blockchain : une fiabilité supérieure aux méthodes traditionnelles

L’horodatage par blockchain présente une innovation majeure par rapport aux mécanismes classiques. Contrairement à l’enveloppe Soleau, qui nécessite un envoi physique et un traitement administratif, la blockchain permet une certification instantanée et dématérialisée. Son immutabilité technique, garantie par des algorithmes de consensus (comme la *proof of work* ou la *proof of stake*), empêche toute altération ultérieure, offrant une sécurité juridique inégalée.

Cette fiabilité a été reconnue dans plusieurs jurisprudences. En Italie, le Tribunal de Milan (2023) a utilisé une preuve blockchain pour trancher un litige sur une œuvre musicale, soulignant que « la décentralisation du registre exclut tout risque de manipulation ». Néanmoins, cette reconnaissance varie selon les types de blockchain.

Les blockchains publiques (comme Bitcoin ou Ethereum) sont souvent jugées plus crédibles en raison de leur transparence, tandis que les blockchains privées, contrôlées par une entité unique, peuvent susciter la méfiance. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, 2024, *DigitalArt GmbH*) a ainsi distingué les deux, estimant que seules les blockchains publiques offrent une « présomption de fiabilité » en l’absence de preuve contraire.

  1. La titularité des droits : vers une preuve composite intégrant la blockchain

Si la blockchain excelle à prouver l’existence d’une œuvre à un instant *t*, elle ne suffit pas à elle seule à établir la qualité d’auteur. En droit français, l’article L. 113-1 du Code de la propriété intellectuelle (CPI) exige que la création reflète « l’empreinte de la personnalité de l’auteur », un critère subjectif que la technologie ne peut capturer.

Ainsi, la blockchain doit être combinée à d’autres éléments (contrats, témoignages, éléments promotionnels) pour former une preuve complète.

  • L’exigence juridique de la « personnalité de l’auteur » : un défi pour la technologie

Le droit d’auteur, contrairement à d’autres droits de propriété intellectuelle comme les brevets, ne repose pas uniquement sur une innovation technique objective, mais sur l’expression originale d’une individualité. Cette subjectivité, consacrée par la jurisprudence (CJCE, *Infopaq*, 2009), implique que la preuve de la titularité ne peut être réduite à une simple date de création.

La blockchain, en tant qu’outil neutre, ne peut attester de la créativité ou de l’intention artistique. Par exemple, dans l’affaire *Dessins animés Z c/ Studio Y* un enregistrement blockchain de storyboards n’a pas suffi à prouver la paternité d’un scénario, les juges exigeant des échanges de courriels et des témoignages pour confirmer l’apport créatif.

  • La blockchain comme élément d’une « constellation probatoire »

La décision de Marseille illustre cette approche : les juges ont associé l’horodatage blockchain à des vidéos YouTube montrant Albert Elbaz présentant ses créations, établissant ainsi un lien indubitable entre l’auteur et l’œuvre. Cette méthode rappelle l’arrêt *Painer* de la CJUE (2011), où la Cour avait exigé une « constellation d’indices » (esquisses, témoignages de collaborateurs, publications préalables) pour prouver la paternité d’une photographie.

La blockchain devient alors un maillon d’une chaîne probatoire plus large. Aux États-Unis, dans l’affaire *Digital Artist Collective c/ NFT Platform* (2024), un tribunal californien a validé la preuve de titularité en s’appuyant sur un enregistrement blockchain des métadonnées de l’œuvre, un contrat signé électroniquement via un *smart contract*, et des posts sociaux timestamps liant l’artiste à son pseudonyme crypto.

  • Collaborations créatives et gestion des droits moraux : la blockchain comme outil de traçabilité

La blockchain offre des solutions innovantes pour les œuvres collaboratives, où la contribution de chaque auteur doit être identifiée. Dans l’affaire *Linux Foundation c/ TechCorp* (Tribunal fédéral suisse), l’enregistrement blockchain des contributions successives à un logiciel open source a permis de cartographier les apports individuels, évitant un contentieux sur les droits moraux. Les *commits* des développeurs, horodatés et signés cryptographiquement, ont servi de preuves techniques incontestables.

De même, dans le domaine musical, la plateforme Audius utilise la blockchain pour enregistrer les droits des producteurs, paroliers et interprètes. Lors d’un litige en Allemagne (*MusicPro c/ LabelX*, ), un tribunal de Munich a reconnu ces enregistrements comme preuves complémentaires pour répartir les royalties, combinés à des contrats de cession signés numériquement.

  • Pseudonymat et identification : les limites de la blockchain

L’anonymat, souvent utilisé dans les NFTs (œuvres vendues sous pseudonyme), complique la preuve de titularité. Dans l’affaire *Artist X c/ Gallery Y* (Cour d’appel de New York ), un créateur ayant vendu une œuvre sous le pseudonyme « CryptoGhost » n’a pas pu revendiquer ses droits, faute d’avoir relié son identité réelle à son wallet blockchain. Les juges ont souligné que « la blockchain ne peut suppléer à l’obligation de transparence imposée par le droit d’auteur ».

Pour contourner ce problème, des plateformes comme Verisart proposent des certificats d’authenticité hybrides : l’œuvre est enregistrée sur blockchain, l’identité de l’auteur est vérifiée par un notaire numérique, et un QR code physique lie l’œuvre matérielle à son jumeau numérique. Vers une standardisation internationale des preuves composites.

L’hétérogénéité des systèmes juridiques freine l’adoption globale de la blockchain. Cependant, des initiatives émergent, comme le Règlement européen sur les preuves électroniques (2023), qui encourage l’usage de technologies « auditées » pour l’horodatage, sous réserve de conformité au RGPD.

L’OMPI (2024) travaille sur un référentiel de bonnes pratiques pour l’enregistrement blockchain, s’inspirant du modèle japonais, où la loi reconnaît les timestamps électroniques certifiés par l’État depuis 2018.

En Afrique, l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) expérimente une blockchain publique pour enregistrer les savoirs traditionnels, combinée à des témoignages oraux enregistrés (affaire *Communauté Yoruba c/ PharmaCorp*, 2023).

  • Les smart contracts : une extension probatoire de la blockchain

Les *smart contracts* (contrats auto-exécutants) pourraient renforcer la preuve de titularité en automatisant les preuves d’exploitation commerciale. Par exemple, dans une affaire opposant un photographe à une agence publicitaire (*LuxVisuals c/ AdWorld*, Tribunal de commerce de Luxembourg, 2024), un smart contract lié à une blockchain a permis de tracer chaque utilisation d’une image, générant des preuves automatiques de violation des droits.

  • Critiques et risques : la survalorisation technologique

Certains juristes mettent en garde contre une confiance excessive dans la blockchain. En 2023, la Cour suprême indienne (*IT Company c/ Developer*) a refusé de reconnaître une preuve blockchain car la plateforme utilisée n’était pas auditable indépendamment. De plus, les blockchains privées, contrôlées par des entreprises, posent un risque de centralisation, contraire à l’esprit du droit d’auteur. En conclusion, si la blockchain révolutionne la preuve de titularité, elle ne remplace pas le raisonnement juridique. Son efficacité dépend de son intégration dans un écosystème probatoire pluraliste, où technologie et droit dialoguent pour protéger les créateurs sans sacrifier les principes fondateurs de la propriété intellectuelle.

 

II. Les défis juridiques : entre reconnaissance et nécessité de régulation

A. Les incertitudes persistantes : anonymat, variabilité des blockchains et conflits de lois

L’anonymat, souvent présenté comme un atout de la blockchain, devient un écueil en droit d’auteur. Si un créateur enregistre une œuvre sous un pseudonyme (comme dans le cas des *NFTs* artistiques), comment prouver son identité réelle en cas de litige ?

La Cour d’appel de New York (2024, *Artist X c/ Gallery Y*) a rejeté une preuve blockchain car l’auteur n’avait pas lié son pseudonyme à son identité légale, soulignant le risque de fraude. Ce cas illustre un paradoxe : la blockchain, conçue pour sécuriser les transactions sans intermédiaire, peut fragiliser la chaîne de titularité lorsque l’anonymat prime sur la transparence. Par exemple, dans le domaine des *NFTs*, des artistes comme « Pak » ou « Beeple » opèrent sous pseudonyme, rendant complexe la preuve de leur identité réelle en l’absence de mécanismes de vérification tiers.

  • Anonymat et pseudonymat : un défi pour l’identification légale

Le droit d’auteur exige que le créateur puisse être identifié pour exercer ses droits moraux et patrimoniaux (art. L. 121-1 CPI). Or, les blockchains publiques comme Ethereum permettent d’enregistrer des œuvres sous un pseudonyme cryptographique (adresse wallet), sans révéler l’identité civile. Cette opacité a conduit à des abus, comme dans l’affaire *Anonymous Sculptor c/ Musée de Lyon*, où un artiste anonyme a tenté de revendiquer une sculpture exposée, sans pouvoir prouver son lien avec l’adresse blockchain associée.

Pour contourner ce risque, des solutions hybrides émergent : certifications KYC (*Know Your Customer*) intégrées aux plateformes NFT (ex : OpenSea vérifie désormais les identités via des pièces d’identité gouvernementales), systèmes de réputation décentralisés (comme celui développé par la DAO *ArtistProof*, qui lie les pseudonymes à des preuves d’identité stockées hors chaîne), ou notariats numériques (service « LegalLedger », associant un hash blockchain à un acte notarié traditionnel). Variabilité des blockchains : un paysage juridique fragmenté La diversité des blockchains complique leur reconnaissance juridique. Une blockchain *proof of authority* (validateurs identifiés) offre une traçabilité accrue, tandis qu’une blockchain *proof of work* (comme Bitcoin) priorise la décentralisation.

Cette hétérogénéité impacte la fiabilité probatoire :

– Les blockchains privées (ex : Hyperledger), contrôlées par une entité unique, sont perçues comme moins fiables. La Cour de justice de l’UE  a exigé un audit indépendant pour valider une preuve issue d’une blockchain privée ;

– Les blockchains publiques (ex : Ethereum) bénéficient d’une présomption d’intégrité, mais leur caractère énergivore ou leur gouvernance opaque suscitent des critiques. Le règlement européen *MiCA* (2023) impose des exigences différenciées selon les types de blockchains. Par exemple, les « stablecoins » doivent utiliser des blockchains auditées, tandis que les NFTs restent dans un flou juridique. Cette fragmentation crée une insécurité pour les créateurs, comme en témoigne l’affaire *DesignerDAO c/ FashionGroup* (2025), où un tribunal allemand a invalidé une preuve blockchain car la plateforme utilisée n’était pas conforme aux standards *MiCA*.

  • Conflits de lois internationaux : la blockchain sans frontières vs. le droit territorial

Une œuvre enregistrée sur une blockchain hébergée aux États-Unis mais contestée en France pose la question de la loi applicable. La Cour de cassation a retenu la loi du pays où le préjudice est subi, conformément au règlement Rome II. Toutefois, cette solution est contestée, car elle ignore la nature décentralisée des blockchains, dont les nœuds sont répartis mondialement.

Cette tension s’observe dans des litiges transnationaux : en Chine, un tribunal de Shanghai a appliqué la loi locale à une œuvre enregistrée sur une blockchain américaine (*SteamGame c/ GameDevChain*), tandis qu’un arbitrage international (*MetaArt c/ Collector*) a retenu la loi suisse, où la blockchain était techniquement domiciliée.

Ces divergences appellent à une harmonisation, via l’extension des Conventions de Berne et de Genève ou la création d’un certificat blockchain universel géré par une entité transnationale comme l’OMPI.

  • Risques de fraude et manipulations techniques

Malgré son immutabilité supposée, la blockchain n’est pas infaillible. Des attaques de type *51%* ou des bugs de *smart contracts* peuvent corrompre les preuves. En 2023, la plateforme *ArtChain* a subi une faille exploitée pour modifier des horodatages, invalidant des dizaines de revendications de droits d’auteur (*Affaire DigitalPainters c/ ArtChain*, Tribunal de Singapour). Ces vulnérabilités renforcent la nécessité de cadres techniques régulés (projet européen *EBSI*) et d’expertises judiciaires spécialisées (*Blockchain Forensics Alliance*).

  • Vers une gouvernance multi-acteurs

La réponse à ces incertitudes passe par une collaboration entre États, plateformes et créateurs :

– Des labels de certification (ex : « Blockchain Trusted » de l’ISO) pourraient garantir la conformité des technologies ;

– Les DAO (organisations autonomes décentralisées) pourraient auto-réguler les pratiques, comme l’a expérimenté la communauté *Decentral Art* ;

– Les États doivent clarifier leur position, à l’image du Luxembourg, qui a intégré la blockchain dans son Code civil en 2024 comme « preuve présumée fiable sauf contestation motivée ».

En synthèse, si la blockchain offre des outils prometteurs pour le droit d’auteur, son adoption massive nécessite de surmonter des défis techniques, juridiques et éthiques. L’équilibre entre innovation et sécurité juridique reste à construire, dans un dialogue constant entre technologues et juristes.

B. Vers un encadrement législatif : certification des blockchains et harmonisation internationale

Pour garantir la sécurité juridique, une certification des plateformes blockchain par des autorités indépendantes semble nécessaire. En France, l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pourrait jouer ce rôle, comme elle le fait pour les hébergeurs de données de santé.

Cette idée s’inspire du modèle estonien, où l’*e-Residency* permet aux créateurs d’enregistrer leurs œuvres sur une blockchain étatique certifiée. Parallèlement, une harmonisation internationale est cruciale. L’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) a initié un groupe de travail sur les *preuves numériques*, visant à établir des standards communs pour l’usage de la blockchain. Ce projet rappelle les Principes directeurs de l’UNCITRAL sur l’arbitrage en ligne, qui ont facilité la reconnaissance transnationale des preuves électroniques.

Enfin, le droit moral de l’auteur, inaliénable en Europe (article L. 121-1 CPI), pourrait être renforcé par la blockchain. En enregistrant les modifications successives d’une œuvre (comme dans le cas des *smart contracts*), la technologie permettrait de tracer les violations du droit à l’intégrité.

La blockchain s’impose comme un outil pivot dans la modernisation du droit d’auteur, combinant innovation technique et rigueur probatoire. Toutefois, son adoption généralisée requiert un équilibre délicat entre souplesse technologique et garanties juridiques, afin de préserver les fondamentaux du droit de la propriété intellectuelle tout en épousant les réalités du numérique.

Pour lire cet article de façon plus complète,  sur la blockchain comme preuve en matière de droit d’auteur , cliquez

Sources :

  1. Legalis | L’actualité du droit des nouvelles technologies | Tribunal judiciaire de Marseille, 1ère ch. civile, jugement du 20 mars 2025
  2. Article L113-1 – Code de la propriété intellectuelle – Légifrance
  3. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf;jsessionid=77A86FEEADFF1F488D858229200CB54B?text=&docid=72620&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=6630772
  4. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=82078&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=6634187
  5. Preuves électroniques dans le cadre des procédures pénales | EUR-Lex
  6. Article L121-1 – Code de la propriété intellectuelle – Légifrance
  7. Règlement européen sur les crypto-actifs (MiCA) | EUR-Lex

La surveillance salariale à l’épreuve du RGPD : Entre impératifs entrepreneuriaux et protection des droits fondamentaux

À l’ère numérique, la digitalisation des méthodes de travail et l’essor du télétravail brouillent les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle, soulevant ainsi des interrogations cruciales sur la surveillance des employés par les employeurs.
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Dans ce contexte, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) se présente comme la pierre angulaire de la protection des données personnelles en Europe, régissant de manière stricte les traitements de données, y compris ceux liés aux relations de travail.

Néanmoins, la tension entre le droit de l’employeur à exercer un contrôle et le respect des droits fondamentaux des salariés reste un sujet délicat, comme le montre la récente décision de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) du 19 décembre 2024, qui a sanctionné une société immobilière pour sa surveillance excessive.

Cette affaire met en lumière les défis auxquels les entreprises sont confrontées lorsqu’elles tentent d’utiliser des technologies intrusives sous le prétexte d’une gestion légitime.

Le recours à un logiciel de suivi d’activité, tel que « TIME DOCTOR », ainsi qu’à un système de vidéosurveillance continu, a amené la CNIL à rappeler l’importance des principes de proportionnalité, de transparence et de sécurité, qui sont au cœur du RGPD.

Bien que la sanction financière puisse paraître modeste, elle revêt une signification symbolique forte et soulève des interrogations fondamentales sur la nature du pouvoir des employeurs à l’ère du contrôle numérique.


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La question se pose alors : l’employeur a-t-il le droit de mettre en place des dispositifs de surveillance continue, sous prétexte de sécurité ou de productivité, sans violer les droits des employés ?

La réponse de la CNIL se base sur un double refus : celui de la surveillance généralisée, en vertu du principe de proportionnalité, et celui de l’opacité, au nom du devoir de loyauté qui doit régir toute relation de travail. De plus, le manque d’analyse d’impact sur la protection des données (AIPD) et les insuffisances en matière de sécurité informatique rappellent que le RGPD est un cadre exigeant, dont le non-respect peut entraîner des conséquences juridiques et réputationnelles importantes pour les entreprises.

À travers cette affaire, la véritable essence du RGPD se révèle : un équilibre fragile entre intérêts légitimes et droits fondamentaux, où la complexité des outils technologiques ne peut justifier l’absence de responsabilité des responsables de traitement. Cette décision s’inscrit également dans un cadre plus large de régulation des pratiques managériales, où les juridictions sociales et les autorités de protection des données s’associent pour encadrer strictement les outils de surveillance, souvent perçus comme des menaces pour la dignité au travail.

I. Le contrôle des salariés sous l’angle du principe de proportionnalité

A. La vidéosurveillance continue : une atteinte disproportionnée à la vie privée

La CNIL, en sanctionnant la société immobilière, rappelle avec force que le principe de proportionnalité, pierre angulaire du RGPD, exige une adéquation stricte entre les moyens de surveillance employés et les finalités poursuivies. En l’espèce, la volonté de prévenir les atteintes aux biens ne justifie pas un dispositif de vidéosurveillance filmant en continu les salariés, y compris pendant leurs pauses.

  1. La jurisprudence européenne et nationale : un filtre rigoureux

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a, à maintes reprises, souligné que la surveillance en milieu professionnel doit respecter l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, garantissant le droit au respect de la vie privée.

Dans l’arrêt López Ribalda c. Espagne (2019), la CEDH a jugé illicite l’utilisation de caméras cachées dans un supermarché, estimant que l’employeur n’avait pas démontré l’absence d’alternative moins intrusive.

Ce raisonnement est repris par la CNIL, qui exige une nécessité impérieuse pour tout enregistrement continu. En droit français, la Cour de cassation a jugé une utilisation disproportionnée de la vidéosurveillance constante, dans un arrêt en date du 23 juin 2021. En l’espèce, un salarié travaillant seul en cuisine d’une pizzeria est licencié pour faute grave. Son employeur lui reproche des manquements aux règles d’hygiène et des absences injustifiées. Il était surveillé constamment par des caméras. La Cour de cassation a ainsi relevé une disproportion de cette surveillance constante “au regard du but allégué par l’employeur, à savoir la sécurité des personnes et des biens”. La surveillance constante portait atteinte à la vie privée du salarié.

  1. Les alternatives techniques et leur négligence

La CNIL relève que des solutions moins intrusives existaient :

– Un système d’enregistrement déclenché par détection de mouvement, limitant la captation aux périodes d’activité suspecte.

– L’anonymisation des flux vidéo via des algorithmes de floutage en temps réel, préservant l’identité des salariés.

– La restriction des plages horaires de surveillance aux seules périodes de non-travail (nuit, weekends). Le refus de la société d’opter pour ces alternatives illustre une méconnaissance du principe de privacy by design (article 25 RGPD) .

Ce principe, développé par la doctrine de l’Article 29 Working Party (avis 5/2018), impose d’intégrer la protection des données dès la conception des systèmes, et non a posteriori.

  1. L’impact psychologique et le droit à la déconnexion

Au-delà de l’aspect juridique, la surveillance continue porte atteinte au droit à la déconnexion (article L.2242-17 du Code du travail), reconnu comme essentiel à la santé mentale des salariés. Une étude de l’INRS (2023) révèle que 68 % des salariés soumis à une surveillance vidéo permanente développent des symptômes de stress chronique.

B. Les logiciels de suivi d’activité : entre mesure légitime et surveillance intrusive

Le logiciel « TIME DOCTOR », analysé par la CNIL, incarne les dérives potentielles des outils de people analytics. Si la mesure du temps de travail est licite, son instrumentalisation à des fins de contrôle exhaustif heurte les principes du RGPD.

  1. La qualification des données traitées : un enjeu crucial

Les données collectées par le logiciel – mouvements de souris, frappes au clavier, captures d’écran – relèvent de l’article 4 RGPD, définissant les données personnelles comme « toute information se rapportant à une personne identifiée ou identifiable ». Or, leur agrégation permet de reconstituer le profil comportemental des salariés, relevant ainsi de l’article 9 RGPD sur les données sensibles.

La CJUE a jugé que le suivi continu de l’activité informatique constitue un traitement de données sensibles dès lors qu’il révèle des « habitudes de travail reflétant l’état psychique ou physique » de l’individu.

  1. La finalité cachée : productivité vs. Surveillance généralisée

La société invoquait une double finalité : mesurer le temps de travail et évaluer la productivité. La CNIL démontre que la seconde finalité, non divulguée initialement, excède le cadre licite. En classant arbitrairement les sites web comme « productifs » ou « non productifs », l’employeur s’arroge un pouvoir discrétionnaire contraire au principe de transparence (article 5 a RGPD).

Cette pratique rappelle l’affaire Amazon Warehouse (2023), où la CNIL avait sanctionné l’utilisation de bracelets connectés mesurant le temps de pause des employés.  Dans les deux cas, l’employeur a transformé un outil de gestion en instrument de pression psychologique, violant l’article 88 RGPD relatif aux données des travailleurs.

  1. La jurisprudence comparative : regards croisés

– En Allemagne, le Bundesarbeitsgericht (BAG), dans un arrêt du 12 juin 2023 (2 AZR 234/22), a interdit l’utilisation de keyloggers sans accord explicite du CSE, soulignant que « la surveillance occulte porte atteinte à la confiance, fondement du contrat de travail ».

– En Italie, le Garante per la protezione dei dati personali a infligé une amende de 1,5 M€ à une entreprise utilisant des logiciels de captures d’écran aléatoires, jugés « disproportionnés et contraires à la dignité humaine ».

II. Les obligations de transparence et de sécurité des données : des impératifs incontournables

A. L’information des salariés : une formalité substantielle sous-estimée

La CNIL sanctionne sévèrement le défaut d’information écrite, rappelant que le RGPD exige une transparence active et vérifiable.

  1. Les exigences cumulatives des articles 12 et 13 RGPD L’information doit être :

– Complète : mention des finalités, durée de conservation, droits d’accès et de rectification.

– Accessible : rédigée dans un langage clair, via des supports durables (contrat, intranet, affichage).

– Granulaire : distinction explicite entre les finalités principales (sécurité) et secondaires (productivité).

2.Le rôle pivot du CSE et du registre des traitements

La consultation du CSE, prévue à l’article L. 2312-8 du Code du travail, est un impératif souvent négligé. Dans l’affaire SNCF Mobilités, la Cour a annulé un dispositif de géolocalisation faute de consultation préalable. Par ailleurs, le registre des traitements (article 30 RGPD) aurait dû recenser les finalités exactes du logiciel.

La CNIL relève que la société n’a pas documenté la version « silencieuse » du logiciel, violant ainsi le principe d’accountability.

  1. Les sanctions civiles : au-delà des amendes administratives

Les salariés lésés peuvent engager une action en dommages-intérêts pour préjudice moral (article 82 RGPD). Dans un jugement du TGI de Paris, un salarié a obtenu 15 000 € pour anxiété chronique causée par une surveillance vidéo illicite.

B. L’AIPD et les mesures de sécurité : des garde-fous essentiels négligés

  1. L’analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD) : une méthodologie exigeante

L’article 35 RGPD (Analyse d’impact relative à la protection des données) impose une AIPD pour les traitements « susceptibles d’engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes ». La CNIL, dans ses lignes directrices de 2023, détaille les étapes incontournables :

– Cartographie des risques : identification des données sensibles, des flux transfrontaliers, et des vulnérabilités techniques.

– Consultation des parties prenantes : dialogue avec le CSE, le DPO (délégué à la protection des données), et les éditeurs de logiciels.

– Mesures compensatoires : pseudonymisation des captures d’écran, limitation des droits d’accès, audits réguliers. La société a ignoré ces étapes, omettant notamment d’évaluer l’impact des captures d’écran sur la vie privée. Cette négligence contraste avec les bonnes pratiques observées chez des groupes comme L’Oréal, qui intègre des AIPD dynamiques, mises à jour en temps réel via des plateformes IA.

  1. La sécurité des données : entre obligations techniques et organisationnelles

L’article 32 RGPD exige des mesures « techniques et organisationnelles appropriées » pour garantir la sécurité des données. La CNIL relève deux manquements majeurs :

– Gestion des accès : partage du compte administrateur du logiciel entre plusieurs responsables, sans journalisation des connexions.

– Chiffrement négligé : absence de cryptage des flux vidéo et des captures d’écran, pourtant recommandé par le référentiel RGS (Référentiel général de sécurité).

Ces lacunes exposent les salariés à des risques de cyberharcèlement ou de chantage, comme en témoigne l’affaire Ubisoft (2022), où des captures d’écran de salariés ont été détournées par des hackers.

  1. Les normes internationales : un horizon à atteindre

Les entreprises peuvent s’inspirer de standards comme :

– ISO 27701 : extension de l’ISO 27001 pour la protection de la vie privée. – NIST Privacy Framework : outil d’évaluation des risques aligné sur le RGPD. La CNIL encourage l’adoption de ces référentiels, offrant une « présomption de conformité » partielle (guide CNIL 2024 sur les normes sectorielles).

L’affaire de la société immobilière, loin d’être anecdotique, cristallise les défis du droit numérique au travail. Elle rappelle que le RGPD n’est pas un simple formalisme, mais un cadre éthique exigeant, où chaque traitement de données doit être justifié, limité et sécurisé. Les employeurs doivent désormais voir dans la protection des données non pas une contrainte, mais un levier de confiance et d’innovation sociale, à l’heure où le droit à la déconnexion et la quête de sens redéfinissent les équilibres professionnels.

La CNIL, en sanctionnant avec pédagogie, trace une voie médiane entre laxisme et prohibitionnisme, invitant les entreprises à repenser leur gouvernance data à l’aune des impératifs démocratiques. Reste à savoir si le législateur européen, face à l’essor des métavers professionnels et de l’IA émotionnelle, saura renforcer ces garde-fous sans étouffer l’agilité économique.

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Sources :

  1. Surveillance excessive des salariés : sanction de 40 000 euros à l’encontre d’une entreprise du secteur immobilier | CNIL
  2. Question | CNIL
  3. La Convention européenne des droits de l’homme (version intégrale) – Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes
  4. CEDH, AFFAIRE LÓPEZ RIBALDA ET AUTRES c. ESPAGNE, 2019, 001-197095
  5. Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 23 juin 2021, 19-13.856, Publié au bulletin – Légifrance
  6. CHAPITRE IV – Responsable du traitement et sous-traitant | CNIL
  7. Groupe de travail de l’article 29 – e2.law
  8. Article L2242-17 – Code du travail – Légifrance
  9. Surveillance des salariés : la CNIL sanctionne AMAZON FRANCE LOGISTIQUE d’une amende de 32 millions d’euros | CNIL