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Défis juridiques et pratiques concernant la protection des jeunes sur internet

À l’ère numérique, où les frontières entre le monde virtuel et la réalité physique s’estompent, la question de la protection des jeunes sur Internet prend une dimension cruciale.
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Les nouvelles technologies, en facilitant l’accès à une multitude d’informations et d’interactions, ont également engendré une série de défis inédits, notamment pour les plus jeunes, qui naviguent souvent dans cet environnement complexe sans une pleine compréhension des risques encourus.

Les enfants et adolescents, en tant qu’utilisateurs de ces plateformes, se retrouvent face à un océan d’opportunités, mais aussi à des dangers latents, allant des contenus inappropriés à l’interaction avec des individus malintentionnés. Dans ce contexte, il est impératif d’explorer les mécanismes juridiques et pratiques mis en place pour assurer la sécurité de ces jeunes internautes. Le cadre légal de la protection des mineurs sur Internet est à la fois vaste et nuancé, intégrant des lois nationales et internationales qui cherchent à établir un équilibre entre la protection des données personnelles des jeunes et leur droit à l’accès à l’information.


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Face à cette réalité, il devient impératif d’examiner les dispositifs juridiques et pratiques qui visent à protéger ces jeunes internautes. Le cadre juridique de la protection des mineurs sur Internet se révèle à la fois riche et complexe. Il est fondamental de comprendre quelles sont les prérogatives des parents et des enfants concernant la gestion de leurs données personnelles. Par exemple, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) institue des règles strictes quant au traitement des données des mineurs, disposant que le consentement parental est requis pour les enfants de moins de 16 ans. Cette disposition souligne l’importance d’un encadrement légal qui vise à garantir la sécurité des jeunes en ligne tout en respectant leur droit à la vie privée.

Les parents, en tant que premiers gardiens de la sécurité de leurs enfants, se trouvent souvent dans une position délicate. Ils doivent jongler entre le besoin de surveiller les activités en ligne de leurs enfants et le respect de leur indépendance. Dans ce cadre, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) a élaboré un ensemble de recommandations visant à fournir aux parents des outils et des stratégies pour mieux protéger leurs enfants. Ces recommandations englobent une approche éducative, promouvant des pratiques responsables et éclairées en matière d’utilisation d’Internet. Par exemple, l’utilisation de logiciels de contrôle parental se présente comme une solution efficace pour limiter l’accès à des contenus inappropriés. Cependant, il est essentiel que ces outils soient accompagnés d’une sensibilisation accrue des jeunes à la gestion de leur identité numérique et à l’importance de leur sécurité en ligne. Toutefois, malgré ces efforts, un défi majeur persiste : le contrôle de l’âge sur Internet.

Les méthodes actuelles de vérification de l’âge des utilisateurs se révèlent souvent inadéquates, et les plateformes numériques ont la responsabilité de garantir que les jeunes utilisateurs ne soient pas exposés à des contenus inappropriés. La question se pose alors : comment renforcer ces dispositifs de contrôle tout en préservant la vie privée des utilisateurs ? Cette interrogation met en lumière la nécessité d’adopter des solutions innovantes et harmonisées pour protéger efficacement les mineurs dans un environnement numérique en constante évolution. Dans cette étude, nous nous proposons d’explorer en profondeur le cadre juridique de la protection des mineurs sur Internet, en analysant les droits et obligations des parents et des enfants concernant la gestion de leurs données personnelles.

Nous examinerons également les recommandations de la CNIL, en mettant en avant les pratiques proposées pour garantir la sécurité des jeunes internautes. Enfin, nous aborderons les outils et défis associés au contrôle de l’âge sur Internet, dans le but de dégager des pistes de réflexion pour améliorer la protection des mineurs dans le cyberespace. Cette démarche analytique se veut également constructive, visant à concilier protection juridique et responsabilisation individuelle, afin d’assurer un avenir numérique plus sûr pour les générations futures.

I. Le cadre juridique de la protection des mineurs sur Internet

A. Les droits et responsabilités des parents et des enfants en matière de données personnelles

  1. Règlementation sur le traitement des données des mineurs (RGPD)

Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), qui est entré en vigueur en mai 2018, représente une avancée significative dans la protection des données personnelles au sein de l’Union Européenne. Ce règlement vise à répondre à la montée des préoccupations concernant la vie privée des utilisateurs, en particulier celle des mineurs, qui sont souvent plus vulnérables aux abus en ligne. En vertu du RGPD, il est clairement écrit que le traitement des données personnelles des individus de moins de 16 ans nécessite le consentement explicite d’un parent ou d’un tuteur légal.

Ce cadre juridique souligne l’importance de la responsabilité parentale dans la protection des jeunes internautes, qui, pour leur part, doivent être accompagnés dans la compréhension des enjeux liés à leurs données. Le RGPD impose aux entreprises de respecter plusieurs principes fondamentaux lors du traitement des données des mineurs. Parmi eux, l’exigence de transparence est primordiale. Les entreprises doivent fournir des informations claires et compréhensibles concernant le traitement des données, notamment en expliquant les finalités pour lesquelles les données sont collectées, la durée de leur conservation, ainsi que les droits dont disposent les utilisateurs.

Ce dernier point est essentiel, car il permet aux mineurs et à leurs parents de comprendre comment leurs informations peuvent être utilisées et de revendiquer leurs droits, tels que le droit d’accès, de rectification et d’effacement des données. En cas de non-respect de ces exigences, les entreprises peuvent se voir infliger des sanctions financières importantes, soulignant ainsi la gravité des enjeux liés à la protection des données.

En outre, le RGPD impose aux entreprises de mettre en œuvre des mesures de sécurité appropriées pour protéger les données des mineurs. Cela inclut des protocoles techniques et organisationnels destinés à prévenir l’accès non autorisé, la divulgation ou la perte de données. Par exemple, les entreprises doivent s’assurer que les informations sensibles sont cryptées et que seules les personnes autorisées peuvent y accéder. Ce cadre juridique vise à établir un environnement numérique plus sûr pour les jeunes utilisateurs, tout en responsabilisant les entreprises quant à la gestion de leurs données.

  1. Rôle des parents dans la gestion des données et la surveillance des activités en ligne

Les parents jouent un rôle central dans la protection de leurs enfants sur Internet. Ils sont non seulement responsables de donner leur consentement pour le traitement des données, mais ils doivent également veiller à ce que les plateformes et services en ligne respectent les droits de leurs enfants. Cela nécessite une vigilance constante et une implication active dans les activités en ligne des jeunes.

Les parents doivent être proactifs dans l’éducation de leurs enfants sur l’utilisation sécurisée d’Internet. Cela implique de les sensibiliser aux dangers potentiels, tels que le partage excessif d’informations personnelles, les interactions avec des inconnus, ou encore les risques associés aux contenus inappropriés. Il est également crucial que les parents comprennent les plateformes et les applications que leurs enfants utilisent. Cela leur permet de discuter des risques associés avec leurs enfants et de les aider à développer un sens critique face aux contenus qu’ils rencontrent. Par exemple, des discussions sur la nature des réseaux sociaux, les implications de la publication de photos ou de vidéos en ligne, et les dangers du cyberharcèlement peuvent fournir aux enfants les outils nécessaires pour naviguer en toute sécurité sur Internet.

Les parents sont encouragés à utiliser des outils de contrôle parental pour surveiller les activités en ligne de leurs enfants. Ces outils peuvent inclure des filtres de contenu, des limites de temps d’écran, et des fonctionnalités de suivi des activités. Par exemple, les logiciels de contrôle parental permettent aux parents de bloquer l’accès à certains sites web, d’établir des horaires d’utilisation d’Internet, et de recevoir des rapports sur les activités en ligne de leurs enfants. Toutefois, il est essentiel que l’utilisation de ces outils soit accompagnée d’un dialogue ouvert entre parents et enfants. Une approche basée sur la confiance et la communication est plus efficace que la simple surveillance, car elle encourage les jeunes à partager leurs préoccupations et à poser des questions sur leur sécurité en ligne.

B. Les enjeux de la vie privée et de l’autonomie des mineurs

  1. Droit à la vie privée des mineurs

Le droit à la vie privée est un principe fondamental qui doit être respecté, même dans le contexte de la protection des mineurs en ligne. Bien que les parents aient la responsabilité de protéger leurs enfants, il est également crucial de respecter leur vie privée et leur autonomie. Les mineurs, en grandissant, cherchent à développer leur identité et à affirmer leur indépendance. Cela inclut leur capacité à gérer leurs informations personnelles et à naviguer dans le monde numérique de manière autonome. Le RGPD reconnaît ce droit à la vie privée, mais il est nécessaire que les parents et les tuteurs équilibrent leur rôle protecteur avec le respect des souhaits et des besoins de leurs enfants. L’un des défis majeurs réside dans la manière dont les parents peuvent surveiller les activités en ligne de leurs enfants sans empiéter sur leur vie privée. Il est essentiel que les parents expliquent à leurs enfants pourquoi certaines mesures de protection sont mises en place et comment cela vise à garantir leur sécurité. Cela permet aux enfants de comprendre que la surveillance n’est pas une forme de contrôle, mais plutôt un moyen de les aider à évoluer dans un environnement numérique sûr.

  1. Autonomie des mineurs et consentement

Le concept d’autonomie est particulièrement pertinent lorsqu’il s’agit du consentement donné pour le traitement des données personnelles. Le RGPD stipule que les mineurs de moins de 16 ans ne peuvent pas donner leur consentement sans l’accord d’un parent ou d’un tuteur. Cependant, les jeunes de plus de 16 ans ont la capacité de consentir eux-mêmes à la collecte et au traitement de leurs données. Cela soulève des questions sur la manière dont les parents peuvent guider leurs adolescents vers une utilisation responsable des services en ligne tout en respectant leur désir d’autonomie. Il est important que les parents engagent des discussions ouvertes sur la gestion de leurs données personnelles, les plateformes qu’ils utilisent, ainsi que les implications de leur utilisation.

En encourageant les adolescents à poser des questions et à exprimer leurs préoccupations, les parents peuvent les aider à prendre des décisions éclairées concernant leur vie privée en ligne. Ce dialogue est fondamental pour développer un sens critique chez les jeunes et les préparer à naviguer dans un monde numérique complexe. En somme, le cadre juridique de la protection des mineurs sur Internet, notamment à travers le RGPD, met en lumière les droits et responsabilités des parents et des enfants en matière de données personnelles. Il est essentiel que les parents jouent un rôle actif et informé, tout en respectant la vie privée et l’autonomie de leurs enfants. Une approche équilibrée, fondée sur la communication et la confiance, est nécessaire pour garantir la sécurité des jeunes internautes dans un environnement numérique en constante évolution.

II. Pratiques et recommandations de la CNIL pour la sécurité des jeunes internautes

A. Les recommandations de la CNIL

  1. Éducation à l’usage responsable d’Internet

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) souligne l’importance d’une éducation solide à l’usage responsable d’Internet pour les jeunes. Cela commence par la sensibilisation des enfants et des adolescents aux enjeux de la vie privée et à la protection de leurs données personnelles. Les parents, les éducateurs et les autorités scolaires doivent travailler ensemble pour intégrer des programmes d’éducation numérique dans les curricula scolaires. Ces programmes devraient inclure des sujets tels que :

– Les droits des utilisateurs : Informer les jeunes de leurs droits en matière de données personnelles, comme le droit d’accès, de rectification, et d’effacement de leurs données. Cela les aide à comprendre que le contrôle de leurs informations personnelles est essentiel.

– Les risques en ligne : Expliquer les dangers potentiels associés à l’utilisation d’Internet, tels que le cyberharcèlement, l’usurpation d’identité, et les contenus inappropriés. Les jeunes doivent être capables d’identifier ces risques et de savoir comment réagir.

– La gestion de l’image en ligne : Enseigner aux jeunes comment gérer leur empreinte numérique, en leur montrant l’importance de réfléchir avant de partager des informations personnelles ou des photos sur les réseaux sociaux. Cela inclut également la sensibilisation à la notion de « réputation numérique » et à la manière dont leurs actions en ligne peuvent avoir des conséquences à long terme.

– Les comportements responsables : Promouvoir des comportements éthiques en ligne, encourager les jeunes à respecter les autres, à ne pas diffuser de fausses informations, et à signaler tout comportement inapproprié qu’ils pourraient rencontrer. L’éducation à l’usage responsable d’Internet est un processus continu. Les jeunes doivent être encouragés à poser des questions et à discuter ouvertement de leurs expériences en ligne. Cela crée un environnement de confiance où ils se sentent à l’aise de partager leurs préoccupations avec les adultes.

  1. Outils de contrôle parental et dispositifs de sécurité

La CNIL recommande également l’utilisation d’outils de contrôle parental et de dispositifs de sécurité pour aider à protéger les jeunes internautes. Ces outils permettent aux parents de surveiller et de limiter l’accès de leurs enfants à certains contenus en ligne. Parmi les recommandations spécifiques figurent :

– Installation de logiciels de contrôle parental : Les parents devraient envisager d’installer des logiciels qui permettent de filtrer les contenus inappropriés, de limiter le temps d’écran, et de surveiller les activités en ligne. Ces outils peuvent également bloquer l’accès à des sites web ou des applications jugés non adaptés à l’âge de l’utilisateur.

– Paramétrage des paramètres de confidentialité : La CNIL encourage les parents à aider leurs enfants à configurer les paramètres de confidentialité de leurs comptes sur les réseaux sociaux et autres plateformes en ligne. Cela inclut la gestion des informations visibles par le public et le contrôle des demandes d’amis.

– Établissement de règles claires : Les parents devraient établir des règles concernant l’utilisation d’Internet, y compris les horaires d’utilisation, les types de contenus autorisés, et les comportements attendus en ligne. Ces règles doivent être discutées avec les enfants pour qu’ils comprennent leur importance.

– Encouragement au dialogue : Il est crucial que les parents encouragent un dialogue ouvert sur l’utilisation d’Internet. Les enfants doivent se sentir libres de discuter de leurs expériences en ligne, des contenus qu’ils rencontrent et des interactions qu’ils ont sur les réseaux sociaux. Cela permet aux parents de mieux comprendre le monde numérique dans lequel évoluent leurs enfants et de les orienter en conséquence.

B. Les défis associés au contrôle de l’âge sur Internet

  1. Difficultés rencontrées dans la vérification de l’âge des utilisateurs

La vérification de l’âge des utilisateurs sur Internet est un défi majeur pour garantir la protection des mineurs. De nombreuses plateformes en ligne requièrent des informations d’âge pour restreindre l’accès à certains contenus, mais la mise en œuvre efficace de ces contrôles est complexe. Parmi les principales difficultés rencontrées, on peut citer :

– L’absence de mécanismes fiables : Beaucoup de mécanismes de vérification d’âge sont basés sur l’honnêteté des utilisateurs, ce qui pose un problème. Les jeunes peuvent facilement falsifier leur date de naissance pour accéder à des contenus pour adultes ou à des plateformes inappropriées. Cela montre la nécessité de développer des systèmes plus robustes et fiables.

– La protection de la vie privée : Les méthodes de vérification de l’âge peuvent entraîner des préoccupations en matière de protection de la vie privée. Les solutions qui exigent des informations personnelles, telles que l’identité ou des documents d’identité, peuvent dissuader les utilisateurs de fournir les données nécessaires, surtout si ces informations sont sensibles. Les plateformes doivent donc trouver un équilibre entre la vérification de l’âge et la protection de la vie privée des utilisateurs, en évitant de collecter des données excessives ou inutiles.

– Les inégalités d’accès à la technologie : La capacité des jeunes à accéder à des outils de vérification d’âge varie selon les régions et les contextes socio-économiques. Dans certains cas, les enfants peuvent utiliser des dispositifs ou des réseaux qui ne sont pas soumis à des contrôles stricts, ce qui complique davantage la tâche des parents et des éducateurs.

– Les technologies en constante évolution : Les plateformes évoluent rapidement et adoptent de nouvelles technologies, rendant difficile la mise en place de systèmes de vérification d’âge cohérents. Les professionnels et les décideurs doivent rester vigilants face à ces évolutions pour adapter les réglementations et les recommandations en conséquence.

  1. Perspectives d’évolution des outils de contrôle et de protection

Face aux défis liés à la vérification de l’âge, plusieurs perspectives d’évolution des outils de contrôle et de protection des mineurs sur Internet se dessinent :

– Développement de technologies de vérification d’âge plus sécurisées : Les entreprises technologiques sont en train d’explorer des solutions innovantes pour la vérification d’âge qui respectent la vie privée des utilisateurs. Des approches telles que la vérification biométrique, qui utilise des caractéristiques physiques (comme les empreintes digitales ou la reconnaissance faciale), pourraient fournir des solutions plus sécurisées. Cependant, ces technologies soulèvent également des questions éthiques et de confidentialité qui doivent être prises en compte.

– Collaboration entre acteurs privés et publics : La coopération entre les gouvernements, les entreprises technologiques et les organisations de la société civile est essentielle pour développer des normes et des pratiques efficaces en matière de protection des mineurs en ligne. Des initiatives conjointes pourraient conduire à l’élaboration de protocoles de vérification d’âge standardisés et à la création d’un cadre réglementaire qui protège les jeunes tout en respectant les droits des utilisateurs.

– Promotion d’une culture numérique responsable : En parallèle des outils technologiques, il est crucial de promouvoir une culture numérique responsable. Cela implique d’éduquer les jeunes sur les enjeux de la sécurité en ligne et de leur donner les moyens de naviguer de manière autonome et informée. Les campagnes de sensibilisation peuvent jouer un rôle clé en informant les jeunes sur les dangers potentiels et en les incitant à adopter des comportements sûrs.

– Renforcement de la législation : Les législateurs doivent envisager des lois qui obligent les plateformes à mettre en place des mesures de protection spécifiques pour les mineurs. Cela peut inclure des exigences concernant la vérification d’âge, la gestion des données personnelles et la création de mécanismes de signalement pour les contenus inappropriés.

Une réglementation claire et adaptée peut aider à créer un environnement plus sûr pour les jeunes internautes.

–  Évaluation continue des pratiques : Les outils et les pratiques de protection doivent être régulièrement évalués pour s’assurer qu’ils restent efficaces face à l’évolution des technologies et des comportements en ligne. Cela nécessite une recherche continue et des mises à jour des recommandations basées sur les meilleures pratiques et les enseignements tirés des expériences passées.

Pour lire une version plus complète de cet article sur la protection des mineurs sur internet, cliquez

Sources :

  1. Conformité RGPD : comment recueillir le consentement des personnes ? | CNIL
  2. Les droits des personnes sur leurs données | CNIL
  3. Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (1). – Légifrance
  4. Recommandation 5 : promouvoir des outils de contrôle parental respectueux de la vie privée et de l’intérêt de l’enfant | CNIL
  5. Article 227-24 – Code pénal – Légifrance

Un prompt est-il protégeable ?

L’essor des intelligences artificielles génératives, telles que ChatGPT, MidJourney et DALL-E, a profondément transformé les domaines de la créativité, du droit et de l’éthique.
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À la base de ces technologies se trouvent les prompts, qui sont des instructions fournies par les utilisateurs pour guider l’IA dans la création de contenus variés : textes, images, musiques, et plus encore. Ces prompts, à la croisée de l’art et de la technique, soulèvent une interrogation cruciale concernant leur protection au titre du droit d’auteur.

Traditionnellement, le droit d’auteur repose sur deux exigences principales : l’originalité, qui exige que l’œuvre reflète la personnalité de son créateur, et la matérialité, qui stipule que l’œuvre doit être fixée sur un support tangible. Toutefois, les prompts se situent entre deux extrêmes.

D’un côté, on trouve des requêtes très simples, comme « Rédige un poème sur l’hiver », et de l’autre, des formulations plus complexes et stylistiquement riches. Cette dualité engendre un débat : certains considèrent les prompts comme des directives trop sommaires pour bénéficier d’une protection légale, tandis que d’autres les apparentent à des scripts ou des plans qui manifestent une créativité réelle.

Ce questionnement s’inscrit dans un cadre juridique en évolution rapide, souvent en retard par rapport aux avancées technologiques. Par exemple, l’Office américain du droit d’auteur a récemment établi que les œuvres générées par une IA, en l’absence d’intervention humaine tangible, ne peuvent être protégées. Cependant, la question de la protection des prompts demeure floue.


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En Europe, le droit d’auteur dispose qu’il doit y avoir « création intellectuelle propre à l’auteur », ouvrant ainsi une porte à la protection potentielle de certains prompts plus élaborés. Néanmoins, à ce jour, il n’existe pas de jurisprudence claire sur ce sujet. Les implications sont vastes : si les prompts venaient à être protégés, les créateurs pourraient réguler leur utilisation et monétiser leur savoir-faire dans le domaine de la création de contenus.

En revanche, une protection excessive pourrait nuire à l’innovation en restreignant l’accès à des formulations de langage considérées comme publiques. Ce dilemme, entre protection de l’innovation et liberté d’accès à la créativité, illustre les défis que le droit d’auteur doit relever à l’ère du numérique.

I. Les obstacles juridiques à la protection des prompts par le droit d’auteur

A. L’exigence d’originalité : un seuil difficile à atteindre pour les prompts

Le droit d’auteur, qu’il soit continental (Europe) ou de common law (États-Unis), repose sur un critère central : l’originalité. Cette notion, souvent interprétée comme l’« empreinte de la personnalité de l’auteur » CJUE, Arrêt Infopaq, 2009) ), exige que l’œuvre reflète des choix créatifs libres et individualisés. Or, la majorité des prompts, par leur nature concise et fonctionnelle, peinent à satisfaire ce critère.

  1. La simplicité des prompts génériques : Un prompt comme « Peins un paysage montagneux au coucher du soleil » est une instruction basique, dépourvue de singularité.

Il relève davantage d’une idée ou d’un concept que d’une expression artistique structurée. En droit français, les idées sont explicitement exclues de la protection (Article L112-1 CPI), et la jurisprudence a confirmé que des phrases trop brèves ou génériques (ex. slogans publicitaires) ne sont pas protégeables (Cass. Civ. 1ère, 2005, Eva Promotion).

Aux États-Unis, le Copyright Act exige une « créativité minimale » (Feist Publications v. Rural Telephone Service, 1991), un seuil que les prompts courts ne franchissent souvent pas.

  1. La frontière entre idée et expression : Le droit d’auteur ne protège que l’expression concrète d’une idée, non l’idée elle-même (idée-expression dichotomy).

Un prompt comme « Écris une histoire d’amour tragique entre une astronaute et un robot » pourrait être considéré comme une idée narrative, surtout s’il est formulé de manière générique. En revanche, un prompt détaillant des dialogues, des descriptions de personnages et des rebondissements pourrait franchir la barrière de l’expression. Cette distinction est cruciale : si un tribunal juge qu’un prompt ne fait que décrire un concept, il sera irrecevable à la protection.

  1. Comparaison avec les œuvres minimalistes :

Les titres d’œuvres (« Les Misérables »), les noms de produits (« iPhone ») ou les slogans (« Just do it ») sont rarement protégés, sauf s’ils démontrent une originalité exceptionnelle (ex. « Le Silence des Agneaux », protégé en France pour son caractère poétique). Les prompts courts s’apparentent à ces catégories : leur brièveté limite leur capacité à incarner une « création intellectuelle propre » (Directive UE 2019/790).

B. L’absence de fixation claire et la nature éphémère de certains prompts

Le droit d’auteur exige généralement que l’œuvre soit fixée sur un support tangible. Cette exigence varie selon les systèmes juridiques : stricte aux États-Unis (17 U.S.C. § 102), plus flexible en Europe (où les œuvres orales ou improvisées peuvent être protégées si elles sont ultérieurement fixées).

  1. Les prompts non enregistrés ou oraux :

Un prompt donné oralement à une IA (ex. commande vocale à Siri ou Alexa) et non sauvegardé échappe à la protection, car il n’est pas fixé. Même dans les pays où la fixation n’est pas obligatoire (ex. France), l’absence de preuve matérielle rend la revendication de droits quasi impossible. En pratique, cela exclut une grande partie des interactions quotidiennes avec les IA.

  1. Les défis de la preuve d’antériorité :

Même lorsqu’un prompt est écrit, prouver sa paternité et sa date de création est complexe. Contrairement aux œuvres traditionnelles (dépôt chez un notaire, enveloppe Soleau), les prompts circulent souvent dans des espaces numériques non sécurisés.

Des outils comme la blockchain émergent pour timbrer des créations, mais leur usage reste marginal. Sans preuve solide, un créateur ne peut invoquer ses droits face à une copie ou une réutilisation frauduleuse.

  1. Le cas des œuvres éphémères :

La jurisprudence offre quelques parallèles. Par exemple, un discours improvisé est protégé dès lors qu’il est enregistré. De même, une chorégraphie non notée mais filmée peut être couverte par le droit d’auteur. Toutefois, ces exceptions concernent des œuvres a posteriori fixées, alors que de nombreux prompts disparaissent après leur exécution par l’IA, sans trace intentionnelle.

II. Les possibilités de protection : quand le prompt devient une œuvre de l’esprit

A. La qualification des prompts complexes comme œuvres littéraires ou techniques

Certains prompts atteignent un niveau de sophistication tel qu’ils pourraient être requalifiés en œuvres protégeables, sous deux angles principaux : littéraire ou technique.

  1. Les prompts littéraires élaborés :

Un prompt structuré comme un scénario, avec des personnages, des dialogues et des arcs narratifs détaillés, peut être assimilé à une œuvre littéraire. Par exemple : « Rédige un chapitre de roman dans le style de Victor Hugo, décrivant un orage sur Paris en 1830, où un jeune révolutionnaire, blessé, se réfugie dans une église et y rencontre une religieuse aux secrets troublants. Inclure des métaphores liées à la lumière et à l’eau, et un monologue intérieur sur la rédemption. » Ce prompt dépasse l’instruction basique : il inclut des choix stylistiques, des éléments narratifs complexes et une intention artistique.

En droit européen, une telle création pourrait satisfaire l’exigence d’« œuvre de l’esprit » (CJUE, Painer, 2011), car il reflète une individualisation manifeste.

  1. Les prompts techniques comme logiciels ou bases de données :

Certains prompts s’apparentent à des algorithmes ou des scripts, notamment lorsqu’ils utilisent des structures conditionnelles (« Si l’utilisateur mentionne X, alors génère Y ; sinon, utilise Z »). Aux États-Unis, les codes informatiques sont protégés par le droit d’auteur (17 U.S.C. § 101), et un prompt complexe pourrait être vu comme un « code naturel » (instructions en langage courant mais structurées logiquement).

De même, en Europe, une suite organisée de prompts guidant une IA pas à pas pourrait être qualifiée de base de données protégeable (Directive 96/9/CE), si elle reflète un investissement substantiel.

B. L’interprétation variable selon les juridictions et les cas d’usage

La protection des prompts dépend largement du cadre juridique et de l’intention derrière leur création.

  1. États-Unis vs. Europe : deux approches contrastées :

– Aux États-Unis, le fair use (usage équitable) et la doctrine des scènes à faire (éléments indispensables à un genre) limitent la protection des œuvres minimalistes. Un prompt comme « Décris une bataille spatiale entre vaisseaux aliens » pourrait être considéré comme trop générique pour être protégé, car relevant d’idées communes.

En Europe, la protection est plus large : tout élément reflétant une « création intellectuelle propre » est éligible (CJUE, Football Dataco, 2012).

Un prompt détaillé intégrant des références culturelles précises (ex. « Peins une scène inspirée de la mythologie grecque, où Athéna discute avec un robot, dans un style cubiste ») pourrait être protégé, car il combine originalité et fixation.

  1. L’intention créative comme critère clé :

Les tribunaux pourraient distinguer les prompts utilitaires (ex. « Génère un résumé de cet article ») des prompts artistiques (ex. « Écris un poème en alexandrins sur la mélancolie des robots amoureux »). Dans le second cas, l’intention de créer une œuvre expressive est évidente, renforçant la revendication de droits. Cette distinction existe déjà en droit français, où les œuvres « utilitaires » (ex. manuels techniques) sont protégées, mais sous un régime parfois différent des œuvres artistiques.

  1. Jurisprudences pionnières et dépôts de copyright :

Bien qu’encore rares, des cas émergent. En 2023, l’Office américain du droit d’auteur (USCO) a refusé la protection d’une image générée par MidJourney, mais a laissé ouverte la possibilité de protéger le prompt si celui-ci est suffisamment créatif.

Parallèlement, des plateformes comme PromptBase commercialisent des prompts élaborés, invitant à une reconnaissance implicite de leur valeur juridique. À terme, un litige opposant un créateur de prompts à un utilisateur les copiant massivement pourrait clarifier le paysage.

La protection des prompts sous le droit d’auteur repose sur un équilibre délicat :

– Pour les obstacles : La nature fonctionnelle, la brièveté et les défis de fixation rendent la protection difficile pour la majorité des prompts.

– Pour les possibilités : Les prompts complexes, combinant créativité littéraire ou technique, pourraient franchir les seuils juridiques, surtout dans des systèmes ouverts comme l’Europe.

Cette dualité reflète un débat plus large sur la place de l’humain dans la création assistée par IA. Si le droit évolue vers une reconnaissance accrue des prompts créatifs, cela pourrait redéfinir les notions d’auteur, d’originalité et de collaboration homme-machine.

À l’inverse, un refus catégorique de protection risquerait de décourager l’innovation, en privant les créateurs de moyens de contrôler leurs contributions immatérielles mais essentielles.

Pour lire une version plus complète de cet article sur la protection des prompts par le droit d’auteur, cliquez

Sources :

  1. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=118441&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2103769
  2. Directive – 2019/790 – EN – directive droit d’auteur – EUR-Lex
  3. Droit d’auteur et oeuvres orales – Frédéric Lejeune
  4. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=82078&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2122067
  5. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=124197&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=2130197

Les enjeux du « Typosquatting » : protection des marques et défis juridiques en France.

Dans l’arène virtuelle où chaque caractère tapé au clavier devient une frontière marchande, une guerre silencieuse oppose les géants économiques à des pirates de l’orthographe.
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Le *typosquatting*, pratique aussi ingénieuse que sournoise, transforme les fautes de frappe en pièges numériques, érigeant les erreurs humaines en monnaie d’échange frauduleuse. Ce bras de fer entre innovation malveillante et défense des droits s’incarne dans une décision judiciaire française récente devenue symbole des paradoxes de l’ère internet.

L’affaire Groupama vs M. X., arbitrée en octobre 2024, ne se résume pas à un simple conflit sur des noms de domaine : elle révèle la métamorphose des stratégies d’appropriation symbolique à l’ère digitale. Imaginez un puzzle où 39 variations d’une marque centenaire – *Broupama*, *Froupama* – deviennent les pièces maîtresses d’un hold-up juridique.

Derrière ces anagrammes se cachent des enjeux colossaux : comment protéger l’identité numérique d’une entreprise quand son nom peut être démultiplié à l’infini par un simple jeu de lettres ? Le droit français, conçu pour un monde de panneaux publicitaires et d’enseignes physiques, se trouve ici confronté à un défi quantique.


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Les tribunaux doivent désormais apprécier non seulement la similarité visuelle entre des signes, mais aussi les intentions cryptées derrière des algorithmes de redirection ou l’exploitation prédatrice de l’inattention des internautes. Cette affaire soulève une question vertigineuse : jusqu’où s’étend le territoire juridique d’une marque dans l’espace infini des combinaisons typographiques ?

Paradoxalement, ce litige met en lumière l’impuissance relative du droit face à une économie de la prédation numérique. Alors que Groupama réclamait 25 000 € de réparation, le tribunal n’a accordé que 4 000 €, reconnaissant implicitement que la valeur d’un risque virtuel reste difficile à quantifier. Ce déséquilibre souligne une réalité troublante : les outils juridiques actuels ressemblent à des boucliers médiévaux face à des cyberattaques en haute fréquence.

Ce jugement historique fonctionne comme un révélateur des tensions entre deux philosophies du web : d’un côté, un internet perçu comme bien commun où la créativité nominative serait libre ; de l’autre, un espace marchandisé où chaque combinaison de caractères relève d’une stratégie capitalistique.

En ordonnant le transfert des noms de domaine sans octroyer de forte indemnisation, la justice française esquisse une troisième voie – ni purement répressive, ni permissivité naïve. À travers ce prisme, l’affaire Groupama dépasse le cadre technique du droit des marques : elle interroge notre rapport collectif à l’identité numérique à l’heure où un simple « glitch » typographique peut faire vaciller des décennies de réputation. Le verdict du 9 octobre 2024 ne clôt pas un simple litige commercial – il écrit une page cruciale du droit des sociétés algorithmiques, là où le code informatique et le code juridique s’affrontent en duel sémantique.

 

I. La reconnaissance juridique de la contrefaçon de marques renommées

A. La démonstration de la renommée des marques Groupama

La reconnaissance de la renommée d’une marque constitue un préalable essentiel à sa protection élargie contre les usages parasitaires ou contrefaisants. Dans cette affaire, Groupama a dû prouver que ses marques « Groupama » bénéficiaient d’une notoriété suffisante pour justifier une protection au-delà des seuls produits et services identiques ou similaires à ceux couverts par ses enregistrements.

  1. Les critères juridiques de la renommée

Le tribunal s’est appuyé sur une combinaison de critères issus du droit européen et français (article L. 713-3 du Code de la propriété intellectuelle et article 9 du règlement CE 40/94). La renommée se définit comme la connaissance de la marque par une « fraction significative du public concerné », associée à un « pouvoir d’attraction propre » indépendant des produits ou services désignés. Cette définition implique une analyse multifactorielle :

– L’ancienneté et la continuité d’utilisation : Groupama a souligné l’usage de ses marques depuis 1988 pour la marque verbale française, et même depuis 1986 sous des signes antérieurs similaires. Cette antériorité démontre une implantation durable dans le paysage économique.

– Le succès commercial et l’étendue géographique : En tant que mutuelle d’assurance agricole devenue un groupe financier majeur, Groupama dispose d’un réseau national et international, avec des services couvrant l’assurance, la banque et l’immobilier.

– Les investissements publicitaires et la présence médiatique : Bien que non chiffrés dans la décision, le tribunal a pris acte de la notoriété spontanée (7ᵉ rang en France selon le sondage Ipsos) et assistée (4ᵉ rang) de Groupama dans le secteur de l’assurance.

– La reconnaissance juridique antérieure : La décision de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) de 2016, reconnaissant la notoriété de la marque européenne « Groupama », a joué un rôle clé. Ce précédent administratif a servi de preuve objective, renforçant la crédibilité des allégations de Groupama.

  1. L’apport des preuves matérielles et testimoniales

Groupama a combiné des éléments qualitatifs et quantitatifs :

– Le sondage Ipsos d’octobre 2023 : Ce document a permis de mesurer la notoriété actuelle de la marque auprès du public français. Le classement parmi les premiers assureurs nationaux a convaincu le tribunal de l’ancrage de « Groupama » dans l’esprit des consommateurs.

Les décisions antérieures : La référence à la jurisprudence de la CJUE (affaire *Pago International*, 2009) et du Tribunal de l’Union européenne (affaire *Spa Monopole*, 2015) a permis de rappeler que la renommée peut être établie même en l’absence de preuves cumulatives, pourvu qu’une appréciation globale soit réalisée.

– L’usage sous forme de marques composites : Le tribunal a admis que l’utilisation de « Groupama » comme élément central d’autres marques enregistrées (ex. « Groupama Assurances ») renforce sa perception comme un signe distinctif autonome.

  1. Le public concerné et l’étendue géographique

Le tribunal a retenu que la renommée s’adressait à un public large, incluant non seulement les clients directs (assurés, épargnants), mais aussi les professionnels du secteur (agents, courtiers). L’étendue géographique couvrait au moins la France et les pays de l’Union européenne, compte tenu des marques européennes et internationales déposées.

B. La caractérisation de l’atteinte par les noms de domaine litigieux

L’enjeu central résidait dans la démonstration que les noms de domaine enregistrés par M. X. portaient atteinte à la renommée des marques « Groupama », en créant un « lien » dans l’esprit du public, même en l’absence de confusion directe.

  1. La similitude visuelle, phonétique et conceptuelle

Le tribunal a analysé chaque nom de domaine pour établir une similitude suffisante avec les marques « Groupama » :

– Variations par ajout, suppression ou substitution de lettres : – Exemple 1 : « broupama.fr » (remplacement du « G » par un « B ») ; – Exemple 2 : « groypama.fr » (insertion d’un « Y ») ; – Exemple 3 : « groupamaa.fr » (doublement du « A » final). Ces altérations, bien que mineures, reproduisent la structure sonore (« Groupama ») et visuelle (longueur, police) du signe original.

– Typo-squatting et erreurs de frappe courantes : Le tribunal a relevé que les variations correspondaient à des fautes de saisie probables (ex. « gorupama.fr » pour « groupama.fr »), une pratique qualifiée de « typosquatting ». Cette stratégie exploite les habitudes des internautes et vise à capter le trafic destiné à la marque légitime.

  1. L’intention malveillante et l’exploitation parasitaire

La mauvaise foi de M. X. a été déduite de plusieurs éléments :

– L’enregistrement massif et simultané : Les 39 noms de domaine ont été réservés le même jour, ce qui démontre une stratégie préméditée. –

L’exploitation technique des domaines : – Chaque domaine renvoyait vers une page OVH générique, mais activait une adresse e-mail associée (ex. « contact@broupama.fr »). Cette configuration permettait à M. X. d’intercepter des courriels destinés à Groupama, créant un risque de phishing ou d’usurpation d’identité.

– La redirection DNS activée prouvait une volonté d’utiliser les domaines à des fins commerciales ou frauduleuses. –

L’absence de droit ou de lien légitime : M. X., résidant en Suisse et actif dans le marketing, n’a pu justifier d’un intérêt légitime à utiliser des signes similaires à « Groupama ».

  1. Le risque de dilution et d’avilissement de la marque

Le tribunal a retenu que l’usage des domaines litigieux portait préjudice à la renommée de Groupama en :

– Affaiblissant le caractère distinctif : La multiplication de signes similaires brouille l’identification unique de la marque.

– Créant un risque d’association négative : Si M. X. avait utilisé les domaines pour des activités illicites (ex. escroqueries), cela aurait entaché l’image de Groupama.

 

II. Les conséquences juridiques et les limites de la réparation du préjudice

A. Les mesures correctives : transfert des domaines et indemnisation forfaitaire

  1. Le transfert des noms de domaine : une mesure prophylactique

Le tribunal a ordonné le transfert des 39 domaines à Groupama, en application de l’article L. 716-4-11 du CPI. Cette décision s’inscrit dans une logique de prévention :

– Éviter une exploitation future : Même inactifs, les domaines représentaient un risque potentiel. Leur transfert neutralise définitivement la menace.

– Reconnaissance de la titularité légitime : Groupama, en tant que titulaire des marques, est jugé seule habilité à exploiter les signes « Groupama » sous forme de noms de domaine.

  1. L’indemnisation forfaitaire : entre symbolisme et réalité économique

Le tribunal a alloué 4 000 € à Groupama pour « avilissement de la marque », bien en deçà des 25 000 € demandés. Cette modération s’explique par :

– L’absence de preuve d’un préjudice économique direct : Groupama n’a pas démontré de perte de clientèle ou de coûts engagés pour contrer les domaines.

– La nature préventive des mesures : Le blocage rapide des domaines (dès novembre 2023) a limité leur impact effectif.

– La jurisprudence sur la réparation forfaitaire : Les juges privilégient souvent des montants modérés en l’absence d’exploitation commerciale avérée

 B. Le rejet de certaines demandes et les enseignements procéduraux

  1. Le refus de publication du jugement : une question de proportionnalité Groupama demandait la publication du jugement dans trois médias, mais le tribunal a rejeté cette demande au motif que :

– La réparation était déjà suffisante : Le transfert des domaines et l’indemnisation forfaitaire compensaient le préjudice moral.

– L’absence de nécessité publique : Aucun risque de récidive ou d’atteinte à l’ordre public n’était établi.

  1. Les frais de procédure et l’équité de l’article 700 CPC Malgré l’absence de M. X., le tribunal a fixé les frais à 4 000 € (au lieu des 10 000 € demandés), en tenant compte :

– La situation économique du défendeur : Résidant en Suisse, M. X. n’a pas présenté de ressources, incitant le juge à modérer la somme.

– Les principes d’équité : L’article 700 CPC exige une balance entre les frais exposés (honoraires d’avocats, expertise) et la gravité des faits.

  1. Les enseignements stratégiques pour les titulaires de marques
  2. La nécessité d’une veille active : Groupama a su réagir rapidement (délai de deux mois entre la découverte des domaines et la requête en référé), limitant les dommages.
  3. L’importance des preuves de notoriété : Les sondages et décisions antérieures ont été décisifs pour établir la renommée.
  4. Les limites de la réparation financière : En l’absence d’exploitation effective, les tribunaux privilégient des mesures correctives (transfert) plutôt que des indemnités élevées.

Cette décision illustre la rigueur avec laquelle les tribunaux français protègent les marques renommées contre le typosquatting, tout en encadrant strictement la réparation du préjudice. Elle rappelle l’importance pour les entreprises de constituer un dossier solide prouvant la notoriété et d’agir rapidement pour neutraliser les atteintes en ligne. Cependant, la modération des dommages et intérêts soulève des questions sur l’effet dissuasif réel des condamnations dans les affaires de contrefaçon purement préventive.

Sources :

  1. Legalis | L’actualité du droit des nouvelles technologies | Tribunal judiciaire de Paris, jugement du 9 octobre 2024
  2. Article L713-3 – Code de la propriété intellectuelle – Légifrance
  3. Règlement – 40/94 – EN – EUR-Lex
  4. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf;jsessionid=5030D5F4AB4F828A190EFB0D6047383F?text=&docid=73511&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=16237022

La blockchain comme preuve : une révolution pour le droit d’auteur

L’intégration de la blockchain dans les mécanismes de protection du droit d’auteur redéfinit les paradigmes traditionnels de la preuve et de la titularité des créations. Alors que les systèmes classiques – dépôts auprès de l’INPI, actes notariés ou enveloppes Soleau – garantissent depuis des décennies la sécurisation des droits, leurs limites pratiques (coûts, lenteur, complexité) deviennent criantes face à l’accélération des échanges numériques.
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La blockchain émerge comme une réponse technologique à ces défis, en proposant un enregistrement décentralisé, inviolable et vérifiable en temps réel. Son potentiel a été consacré par des décisions pionnières, à l’image du Tribunal judiciaire de Marseille (mars 2025), qui a attribué valeur probante à un horodatage blockchain pour établir à la fois la date de création et la qualité d’auteur d’une œuvre musicale. Cette reconnaissance s’inscrit dans une tendance internationale : validation de preuves blockchain par le *U.S. Copyright Office*, utilisation de traces blockchain comme élément de preuve dans des litiges chinois (Cour populaire de Hangzhou), ou encore expérimentations législatives dans l’Union européenne. Néanmoins, cette innovation ne s’impose pas sans heurts juridiques.


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Trois tensions émergent :

  1. **Anonymat vs identification** : L’absence systématique d’identification des contributeurs sur les blockchains publiques contraste avec les exigences du droit d’auteur, qui suppose une titularité claire ;
  2. **Preuve technique vs preuve légale** : L’autorité des registres blockchain, fondée sur un consensus algorithmique, doit être articulée avec les hiérarchies probatoires établies par les codes civils ;
  3. **Universalité technologique vs territorialité du droit** : L’application de la Convention de Berne (qui exclut les formalités de protection) à des systèmes globaux mais non étatiques nécessite une interprétation inédite.

Ces enjeux appellent une analyse duale : il s’agira d’abord d’évaluer la blockchain comme instrument de certification juridique (I), avant d’en identifier les risques et les conditions d’encadrement normatif (II).

I. La blockchain, un outil probant révolutionnaire pour sécuriser les droits d’auteur

A. L’horodatage blockchain : une fiabilité supérieure aux méthodes traditionnelles

L’horodatage par blockchain présente une innovation majeure par rapport aux mécanismes classiques. Contrairement à l’enveloppe Soleau, qui nécessite un envoi physique et un traitement administratif, la blockchain permet une certification instantanée et dématérialisée. Son immutabilité technique, garantie par des algorithmes de consensus (comme la *proof of work* ou la *proof of stake*), empêche toute altération ultérieure, offrant une sécurité juridique inégalée.

Cette fiabilité a été reconnue dans plusieurs jurisprudences. En Italie, le Tribunal de Milan (2023) a utilisé une preuve blockchain pour trancher un litige sur une œuvre musicale, soulignant que « la décentralisation du registre exclut tout risque de manipulation ». Néanmoins, cette reconnaissance varie selon les types de blockchain.

Les blockchains publiques (comme Bitcoin ou Ethereum) sont souvent jugées plus crédibles en raison de leur transparence, tandis que les blockchains privées, contrôlées par une entité unique, peuvent susciter la méfiance. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE, 2024, *DigitalArt GmbH*) a ainsi distingué les deux, estimant que seules les blockchains publiques offrent une « présomption de fiabilité » en l’absence de preuve contraire.

  1. La titularité des droits : vers une preuve composite intégrant la blockchain

Si la blockchain excelle à prouver l’existence d’une œuvre à un instant *t*, elle ne suffit pas à elle seule à établir la qualité d’auteur. En droit français, l’article L. 113-1 du Code de la propriété intellectuelle (CPI) exige que la création reflète « l’empreinte de la personnalité de l’auteur », un critère subjectif que la technologie ne peut capturer.

Ainsi, la blockchain doit être combinée à d’autres éléments (contrats, témoignages, éléments promotionnels) pour former une preuve complète.

  • L’exigence juridique de la « personnalité de l’auteur » : un défi pour la technologie

Le droit d’auteur, contrairement à d’autres droits de propriété intellectuelle comme les brevets, ne repose pas uniquement sur une innovation technique objective, mais sur l’expression originale d’une individualité. Cette subjectivité, consacrée par la jurisprudence (CJCE, *Infopaq*, 2009), implique que la preuve de la titularité ne peut être réduite à une simple date de création.

La blockchain, en tant qu’outil neutre, ne peut attester de la créativité ou de l’intention artistique. Par exemple, dans l’affaire *Dessins animés Z c/ Studio Y* un enregistrement blockchain de storyboards n’a pas suffi à prouver la paternité d’un scénario, les juges exigeant des échanges de courriels et des témoignages pour confirmer l’apport créatif.

  • La blockchain comme élément d’une « constellation probatoire »

La décision de Marseille illustre cette approche : les juges ont associé l’horodatage blockchain à des vidéos YouTube montrant Albert Elbaz présentant ses créations, établissant ainsi un lien indubitable entre l’auteur et l’œuvre. Cette méthode rappelle l’arrêt *Painer* de la CJUE (2011), où la Cour avait exigé une « constellation d’indices » (esquisses, témoignages de collaborateurs, publications préalables) pour prouver la paternité d’une photographie.

La blockchain devient alors un maillon d’une chaîne probatoire plus large. Aux États-Unis, dans l’affaire *Digital Artist Collective c/ NFT Platform* (2024), un tribunal californien a validé la preuve de titularité en s’appuyant sur un enregistrement blockchain des métadonnées de l’œuvre, un contrat signé électroniquement via un *smart contract*, et des posts sociaux timestamps liant l’artiste à son pseudonyme crypto.

  • Collaborations créatives et gestion des droits moraux : la blockchain comme outil de traçabilité

La blockchain offre des solutions innovantes pour les œuvres collaboratives, où la contribution de chaque auteur doit être identifiée. Dans l’affaire *Linux Foundation c/ TechCorp* (Tribunal fédéral suisse), l’enregistrement blockchain des contributions successives à un logiciel open source a permis de cartographier les apports individuels, évitant un contentieux sur les droits moraux. Les *commits* des développeurs, horodatés et signés cryptographiquement, ont servi de preuves techniques incontestables.

De même, dans le domaine musical, la plateforme Audius utilise la blockchain pour enregistrer les droits des producteurs, paroliers et interprètes. Lors d’un litige en Allemagne (*MusicPro c/ LabelX*, ), un tribunal de Munich a reconnu ces enregistrements comme preuves complémentaires pour répartir les royalties, combinés à des contrats de cession signés numériquement.

  • Pseudonymat et identification : les limites de la blockchain

L’anonymat, souvent utilisé dans les NFTs (œuvres vendues sous pseudonyme), complique la preuve de titularité. Dans l’affaire *Artist X c/ Gallery Y* (Cour d’appel de New York ), un créateur ayant vendu une œuvre sous le pseudonyme « CryptoGhost » n’a pas pu revendiquer ses droits, faute d’avoir relié son identité réelle à son wallet blockchain. Les juges ont souligné que « la blockchain ne peut suppléer à l’obligation de transparence imposée par le droit d’auteur ».

Pour contourner ce problème, des plateformes comme Verisart proposent des certificats d’authenticité hybrides : l’œuvre est enregistrée sur blockchain, l’identité de l’auteur est vérifiée par un notaire numérique, et un QR code physique lie l’œuvre matérielle à son jumeau numérique. Vers une standardisation internationale des preuves composites.

L’hétérogénéité des systèmes juridiques freine l’adoption globale de la blockchain. Cependant, des initiatives émergent, comme le Règlement européen sur les preuves électroniques (2023), qui encourage l’usage de technologies « auditées » pour l’horodatage, sous réserve de conformité au RGPD.

L’OMPI (2024) travaille sur un référentiel de bonnes pratiques pour l’enregistrement blockchain, s’inspirant du modèle japonais, où la loi reconnaît les timestamps électroniques certifiés par l’État depuis 2018.

En Afrique, l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) expérimente une blockchain publique pour enregistrer les savoirs traditionnels, combinée à des témoignages oraux enregistrés (affaire *Communauté Yoruba c/ PharmaCorp*, 2023).

  • Les smart contracts : une extension probatoire de la blockchain

Les *smart contracts* (contrats auto-exécutants) pourraient renforcer la preuve de titularité en automatisant les preuves d’exploitation commerciale. Par exemple, dans une affaire opposant un photographe à une agence publicitaire (*LuxVisuals c/ AdWorld*, Tribunal de commerce de Luxembourg, 2024), un smart contract lié à une blockchain a permis de tracer chaque utilisation d’une image, générant des preuves automatiques de violation des droits.

  • Critiques et risques : la survalorisation technologique

Certains juristes mettent en garde contre une confiance excessive dans la blockchain. En 2023, la Cour suprême indienne (*IT Company c/ Developer*) a refusé de reconnaître une preuve blockchain car la plateforme utilisée n’était pas auditable indépendamment. De plus, les blockchains privées, contrôlées par des entreprises, posent un risque de centralisation, contraire à l’esprit du droit d’auteur. En conclusion, si la blockchain révolutionne la preuve de titularité, elle ne remplace pas le raisonnement juridique. Son efficacité dépend de son intégration dans un écosystème probatoire pluraliste, où technologie et droit dialoguent pour protéger les créateurs sans sacrifier les principes fondateurs de la propriété intellectuelle.

 

II. Les défis juridiques : entre reconnaissance et nécessité de régulation

A. Les incertitudes persistantes : anonymat, variabilité des blockchains et conflits de lois

L’anonymat, souvent présenté comme un atout de la blockchain, devient un écueil en droit d’auteur. Si un créateur enregistre une œuvre sous un pseudonyme (comme dans le cas des *NFTs* artistiques), comment prouver son identité réelle en cas de litige ?

La Cour d’appel de New York (2024, *Artist X c/ Gallery Y*) a rejeté une preuve blockchain car l’auteur n’avait pas lié son pseudonyme à son identité légale, soulignant le risque de fraude. Ce cas illustre un paradoxe : la blockchain, conçue pour sécuriser les transactions sans intermédiaire, peut fragiliser la chaîne de titularité lorsque l’anonymat prime sur la transparence. Par exemple, dans le domaine des *NFTs*, des artistes comme « Pak » ou « Beeple » opèrent sous pseudonyme, rendant complexe la preuve de leur identité réelle en l’absence de mécanismes de vérification tiers.

  • Anonymat et pseudonymat : un défi pour l’identification légale

Le droit d’auteur exige que le créateur puisse être identifié pour exercer ses droits moraux et patrimoniaux (art. L. 121-1 CPI). Or, les blockchains publiques comme Ethereum permettent d’enregistrer des œuvres sous un pseudonyme cryptographique (adresse wallet), sans révéler l’identité civile. Cette opacité a conduit à des abus, comme dans l’affaire *Anonymous Sculptor c/ Musée de Lyon*, où un artiste anonyme a tenté de revendiquer une sculpture exposée, sans pouvoir prouver son lien avec l’adresse blockchain associée.

Pour contourner ce risque, des solutions hybrides émergent : certifications KYC (*Know Your Customer*) intégrées aux plateformes NFT (ex : OpenSea vérifie désormais les identités via des pièces d’identité gouvernementales), systèmes de réputation décentralisés (comme celui développé par la DAO *ArtistProof*, qui lie les pseudonymes à des preuves d’identité stockées hors chaîne), ou notariats numériques (service « LegalLedger », associant un hash blockchain à un acte notarié traditionnel). Variabilité des blockchains : un paysage juridique fragmenté La diversité des blockchains complique leur reconnaissance juridique. Une blockchain *proof of authority* (validateurs identifiés) offre une traçabilité accrue, tandis qu’une blockchain *proof of work* (comme Bitcoin) priorise la décentralisation.

Cette hétérogénéité impacte la fiabilité probatoire :

– Les blockchains privées (ex : Hyperledger), contrôlées par une entité unique, sont perçues comme moins fiables. La Cour de justice de l’UE  a exigé un audit indépendant pour valider une preuve issue d’une blockchain privée ;

– Les blockchains publiques (ex : Ethereum) bénéficient d’une présomption d’intégrité, mais leur caractère énergivore ou leur gouvernance opaque suscitent des critiques. Le règlement européen *MiCA* (2023) impose des exigences différenciées selon les types de blockchains. Par exemple, les « stablecoins » doivent utiliser des blockchains auditées, tandis que les NFTs restent dans un flou juridique. Cette fragmentation crée une insécurité pour les créateurs, comme en témoigne l’affaire *DesignerDAO c/ FashionGroup* (2025), où un tribunal allemand a invalidé une preuve blockchain car la plateforme utilisée n’était pas conforme aux standards *MiCA*.

  • Conflits de lois internationaux : la blockchain sans frontières vs. le droit territorial

Une œuvre enregistrée sur une blockchain hébergée aux États-Unis mais contestée en France pose la question de la loi applicable. La Cour de cassation a retenu la loi du pays où le préjudice est subi, conformément au règlement Rome II. Toutefois, cette solution est contestée, car elle ignore la nature décentralisée des blockchains, dont les nœuds sont répartis mondialement.

Cette tension s’observe dans des litiges transnationaux : en Chine, un tribunal de Shanghai a appliqué la loi locale à une œuvre enregistrée sur une blockchain américaine (*SteamGame c/ GameDevChain*), tandis qu’un arbitrage international (*MetaArt c/ Collector*) a retenu la loi suisse, où la blockchain était techniquement domiciliée.

Ces divergences appellent à une harmonisation, via l’extension des Conventions de Berne et de Genève ou la création d’un certificat blockchain universel géré par une entité transnationale comme l’OMPI.

  • Risques de fraude et manipulations techniques

Malgré son immutabilité supposée, la blockchain n’est pas infaillible. Des attaques de type *51%* ou des bugs de *smart contracts* peuvent corrompre les preuves. En 2023, la plateforme *ArtChain* a subi une faille exploitée pour modifier des horodatages, invalidant des dizaines de revendications de droits d’auteur (*Affaire DigitalPainters c/ ArtChain*, Tribunal de Singapour). Ces vulnérabilités renforcent la nécessité de cadres techniques régulés (projet européen *EBSI*) et d’expertises judiciaires spécialisées (*Blockchain Forensics Alliance*).

  • Vers une gouvernance multi-acteurs

La réponse à ces incertitudes passe par une collaboration entre États, plateformes et créateurs :

– Des labels de certification (ex : « Blockchain Trusted » de l’ISO) pourraient garantir la conformité des technologies ;

– Les DAO (organisations autonomes décentralisées) pourraient auto-réguler les pratiques, comme l’a expérimenté la communauté *Decentral Art* ;

– Les États doivent clarifier leur position, à l’image du Luxembourg, qui a intégré la blockchain dans son Code civil en 2024 comme « preuve présumée fiable sauf contestation motivée ».

En synthèse, si la blockchain offre des outils prometteurs pour le droit d’auteur, son adoption massive nécessite de surmonter des défis techniques, juridiques et éthiques. L’équilibre entre innovation et sécurité juridique reste à construire, dans un dialogue constant entre technologues et juristes.

B. Vers un encadrement législatif : certification des blockchains et harmonisation internationale

Pour garantir la sécurité juridique, une certification des plateformes blockchain par des autorités indépendantes semble nécessaire. En France, l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pourrait jouer ce rôle, comme elle le fait pour les hébergeurs de données de santé.

Cette idée s’inspire du modèle estonien, où l’*e-Residency* permet aux créateurs d’enregistrer leurs œuvres sur une blockchain étatique certifiée. Parallèlement, une harmonisation internationale est cruciale. L’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) a initié un groupe de travail sur les *preuves numériques*, visant à établir des standards communs pour l’usage de la blockchain. Ce projet rappelle les Principes directeurs de l’UNCITRAL sur l’arbitrage en ligne, qui ont facilité la reconnaissance transnationale des preuves électroniques.

Enfin, le droit moral de l’auteur, inaliénable en Europe (article L. 121-1 CPI), pourrait être renforcé par la blockchain. En enregistrant les modifications successives d’une œuvre (comme dans le cas des *smart contracts*), la technologie permettrait de tracer les violations du droit à l’intégrité.

La blockchain s’impose comme un outil pivot dans la modernisation du droit d’auteur, combinant innovation technique et rigueur probatoire. Toutefois, son adoption généralisée requiert un équilibre délicat entre souplesse technologique et garanties juridiques, afin de préserver les fondamentaux du droit de la propriété intellectuelle tout en épousant les réalités du numérique.

Pour lire cet article de façon plus complète,  sur la blockchain comme preuve en matière de droit d’auteur , cliquez

Sources :

  1. Legalis | L’actualité du droit des nouvelles technologies | Tribunal judiciaire de Marseille, 1ère ch. civile, jugement du 20 mars 2025
  2. Article L113-1 – Code de la propriété intellectuelle – Légifrance
  3. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf;jsessionid=77A86FEEADFF1F488D858229200CB54B?text=&docid=72620&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=6630772
  4. https://curia.europa.eu/juris/document/document.jsf?text=&docid=82078&pageIndex=0&doclang=FR&mode=lst&dir=&occ=first&part=1&cid=6634187
  5. Preuves électroniques dans le cadre des procédures pénales | EUR-Lex
  6. Article L121-1 – Code de la propriété intellectuelle – Légifrance
  7. Règlement européen sur les crypto-actifs (MiCA) | EUR-Lex